Misplaced Childhood de MARILLION

MARILLION

Misplaced Childhood Misplaced Childhood (1985) ma note 

Avec le retour de YES et de Genesis sur le devant de la scène avec des albums bien plus radiophoniques (90125 / Genesis), le rock progressif est revenu en force au milieu des années 80, avec notamment Marillion, la figure de proue de ce Néo-Prog, style sachant réunir un très large panel d'auditeurs: des vieux de la vieille du Progressif jusqu'aux hardos, en passant par les bobos, les gothiques et même la ménagère de moins de 50 ans!
Et ce succès est due à la réussite d'un pari fort risqué: celui du concept-album.

Comme vous le savez sans-doute, le concept-album est la marque de fabrique du rock progressif et c'est à la valeur de celui-ci que la reconnaissance par ses pairs est adoubée. Et Marillion a réussi son examen de la plus belle des façons, en prenant le taureau par les cornes et ainsi se défaire des étiquettes qui lui collait à peau: sa forte influence envers Genesis (ère Peter Gabriel) de leurs débuts, et cette image de hardos, du fait de certains morceaux musclés et surtout sa présence dans beaucoup de festivals avec des artistes du genre.
"Misplaced Childhood" est un concept-album tant dans sa forme que son contenu. En effet, l'album est présenté sous forme de fresque musicale où toutes les scènes sont enchainés, à savoir que chaque morceau est parfaitement amalgamé au suivant et qu'au final le disque se présente sous un seul et même morceau (enfin 2 à l'époque puisque le format vinyle était ce qui se vendait le plus à l'époque). Tout est lié et cousu de fil d'or.
L'autre aspect du concept-album est bien entendu la continuité de l'histoire, celle de l'innocence perdue, quand on devient adulte. Les chansons interpellent sur cette naïveté perdue, où tout semblait possible et éternel; face à la cruelle réalité. Le narrateur, incarné par un chant parlé en introduction de l'album, et à d'autres passages "transitoires" avec des nappes de synthés à la Pink Floyd, nous rappellent ces désillusions et cette envie de rattraper les choses, d'éviter ces actes manqués et de construire un monde meilleur.

La qualité des textes de cet album est aussi l'un des grandes réussites de l'œuvre. Fish a une plume trempée dans l'encre de ses larmes et parfaitement aiguisée pour graver son histoire au fond de notre âme. Cette introspection permet aux musiciens de Marillion de jouer avec toute la palette des émotions et des ambiances musicales, allant d'un sentiment de spleen jusqu'à celui de révolte, en passant par de splendides mélodies lumineuses et des mélopées plus intimistes, sombres et dépressives.
L'album commence donc par une introduction embrumée et hypnotique, avec une confession chuchotée à la "Apocalypse Now" où Fish se retrouve en état d'introspection pour nous confier son sentiment de jeunesse perdue. Et c'est ainsi que l'album déroule 3 chansons romantiques: leur plus grande tube "Kayleigh", suivi de près par la comptine revisité "Lavender" puis le fier et orgueilleux "Heart of Lothian". Au milieu de cette première face (enfin, du vinyl), une rivière de sentiments intimistes et déchirants, avec un dépressif et très progressif "Bitter Suite". Le groupe utilisera le même principe en face B, avec le même artifice progressif "Blind Curve", à la différence que cette deuxième partie est plus soutenue, plus rock. La première partie est un spirale romantique et dépressive où l'on s'enfonce de plus en plus. La deuxième partie est plus sur le sursaut et la reprise de conscience du besoin de sortir de cette spirale infernale; et d'enfin de retrouver la lumière: celle du regard de l'enfant dans le miroir.

Musicalement, ce "Misplaced Childhood" est donc du pur bonheur: chansons romantiques, morceaux rock et des passages purement progressifs avec une interprétation de premier ordre. Fish n'a jamais aussi bien chanté et de façon aussi variée… Steve Rothery n'est pas encore au sommet de son art mais il en est proche, et ce jeu de guitare cristallin est encore du pur bonheur, avec ce son si travaillé et unique. Le travail aux synthés de la part de Mark Kelly est quant à lui parfait. Son jeu hypnotique correspond parfaitement aux ambiances fantomatiques dans lequel ils nous plongent avec la voix crépusculaire de Fish.
Pour conclure, sachez que c'est le disque que j'ai offert le plus dans ma vie, tant cet album a marqué ma jeunesse. Et à la question de savoir quel est le meilleur album de Marillion, je réponds presque tout le temps: le dernier que j'ai écouté; et "Misplaced Childhood" en fait souvent partie!

Informations sur l'album:

  • La Track-list:
    1. Pseudo Silk Kimono - 2:15
    2. Kayleigh - 4:04
    3. Lavender - 2:28
    4. Bitter Suite - 7:53
      • a. Brief Encounter
      • b. Lost Weekend
      • c. Blue Angel
      • d. Misplaced Rendezvous
      • e. Windswept Thumb
    5. Heart of Lothian -
      • a. Wide Boy
      • b. Curtain Call
    6. Waterhole (Expresso Bongo) - 2:13
    7. Lords of the Backstage - 1:53
    8. Blind Curve - 9:30
      • a. Vocal Under a Bloodlight
      • b. Passing Strangers
      • c. Mylo
      • d. Perimeter Walk
      • e. Threshold
    9. Childhoods End? - 4:33
    10. White Feather - 2:24
  • Line-up:
    • Chant: Fish
    • Guitares: Steve Rothery
    • Basse: Pete Trewavas
    • Claviers: Mark Kelly
    • Batterie: Ian Mosley
  • Informations:
    • Sortie le: 17 juin 1985
    • Produit par: Chris Kimsey
    • Sur le label: EMI
    • Pochette dessinée par: Mark Wilkinson
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