Maurice G. DANTEC - Les Résidents

Maurice G. DANTECFan de Dantec depuis le tout début (bientôt 20 ans), je fonce toujours tête baissé dans ses livres, et parfois, sans s'avoir où l'on va, cela peut faire mal!

Résumé:
Sharon Sinclair est une tueuse en série: un évènement passé douloureux l'a fait sortir de son corps et le seul moyen de retrouver son humanité est de tuer. Ses victimes n’auraient pas dû se trouver là; pas à ce moment précis. Il ne fallait pas qu’ils la voient. Il ne fallait pas qu’elle les croise. Il ne fallait pas qu’ils aient l’outrecuidance d’être vus. Ils habitent ce monde. Ils vivent. Alors elle les expulse, elle les tue.

Sur sa route; elle croise le jeune Novak, recherché dans tout le Canada pour avoir massacré ses camarades de classe. Sharon emmène le jeune homme dans un endroit secret, reclus du monde des humains, où une autre tueuse en série réside: Vénus Stardoll, séquestrée par son père pendant 15 ans.
Voici venu le temps des anges de l'irréalité!

Ma note: ma note

Ma critique:

Après avoir liquidé toutes les figures mythiques dans son précédent livre, Dantec repart sur ses premières amours: les serial-killers. Enfin presque, c'est ce qu'il m'avait semblé en lisant ce quatrième de couverture avec la folie meutrière implacable de la belle Sharon. Mais tout ceci n'est qu'un leurre. Après une longue, trop longue narration, du road-trip killer de Sharon, accompagné du jeune geek Novak, on arrive enfin au compound "Trinity Station", ancienne base américaine au milieu de nulle part, protégée par 2 papys vétérans du Vietnam et une étrange femme: Venus.

Cette deuxième partie est nettement plus étrange et captivante, surtout que l'on découvre enfin le passé des protagonistes. Dantec se délecte à nous plonger dans l'horreur: la boucherie du viol collectif de Sharon et la séquestration de la petite Venus par son père, reconstruite pour devenir son jouet: Stardoll, "l'ultimate" poupée sexuelle. On est à la fois fasciné et captivé par cette furie descriptive chirugicale. On en viendrait presque à apprécier ces 2 tueuses/victimes. Leur folie leur permet de continuer de vivre, et tuer reste leur seule échappatoire.
Le troisième larron reste plus énigmatique, les raisons de son crime est aussi fantasque et creux que les raisons de ces jeunes lycéens massacrant leurs camarades. C'est une folie nettement plus mathématique, plus geek que celle explicable des 2 femmes.
A eux trois, ils forment une sorte d'anges de l'irréalité, ayant baigné dans les racines du mal des plus profondes tentant de se reconstruire dans cet étrange lieu.

Trinity Station est un étrange lieu, un avant-pont vers le futur et notre désolation. C'est là que le style ampoulé de Dantec refait surface: l'aspect serial-killer est totalement mis de côté pour laisser place aux idées futuristes de l'auteur à son fameux mélange de délire métaphysique et de pop-culture.
La fin du livre part dans un improbable et incompréhensible délire verbal. Ces 3 anges de l'irréalité partent semer la MORT, la mort finale, avec l'aide des 3 poètes maudits des USA: Tennesse Williams, T.S. Eliot et évidemment, William Burroughs (un de mes auteurs favoris). Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris dans ce fratas apocalyptique et je me demande encore comment Dantec fait pour gâcher 650 pages avec 10 pages de trop, 10 pages où il aurait plus simple de nous faire comprendre que ce sont les 3 anges de l'apocalypse, parti à la recontre du Diable pour nous annoncer la fin de notre monde.

Bref, encore une fois, je reste déçu par ce nouveau livre de Dantec. Les quelques bonnes pages sont trempées dans une fascination macabre dangereuse et la vison futuriste (drones et réseaux) est un peu en deçà de ce que nous a fait entrevoir par le passé l'auteur. Je ne retiendrai de ce livre que 2 définitions des 2 sites que nous utilisons le plus:

  • Facebook& Co: On appellera "Réseaux Sociaux" ce qui dé-socialise l'homme et le transforme en un reflet isolé des autres et de lui-même, sans autre consistance qu'une "existence", devenue celle de l'ombre d'un fantôme.
  • Google: La Mère de Tous les Réseaux fera du vrai monde une sorte d'Encyclopédie Globale dont elle déterminera le sens et la forme, et elle s'assurera de rester le propriétaire absolue de tout ce que les humains produiront par elle, avec elle, pour elle.

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