James FREY - A million little pieces

James Frey - A million little piecesAprès avoir dévorer le "Le dernier testament de Ben Zion Avrohom", voici la première œuvre quasi-autobiographique de James Frey.
Intrigue: James, vingt-trois ans, a dissout sa jeunesse dans l'alcool et a cramé son futur dans le crack. A la suite d'un ultime black-out, il est hospitalisé dans une clinique du Minnesota. Dans le service de soins intensifs de désintoxication, il apprend la terrible nouvelle: son corps ne supportera pas une autre overdose. Il doit se sevrer ou mourir.
James tente alors de refaire surface avec d'autres égarés perdus dans l'enfer de l'addiction. Chaque jour est un combat, car le démon est encore là, tapi sous sa peau et ancré dans son cerveau, à chaque crise d'angoisse, de paranoïa et de manque, la bête refait surface et demande sa part.
Dubitatif sur les 12 règles édictées par le mentor des Alcoliques Anonymes, James sait au fond de lui qu'il doit d'abord apprendre à gérer ce monstre, avant que ce dernier ne le dévore complètement. Il va réapprendre la confiance, l'amitié, l'amour, les valeurs familiales et surtout se réconcilier avec lui-même.

Remarque: lu en anglais
Titre français: Mille morceaux
Ma note: ma note
Ma critique:...

Enthousiasmé par son livre "Le dernier testament de Ben Zion Avrohom", je me suis jeté sur le premier livre "autobiographique" de James Frey racontant sa plongée, où plutôt sa remontée de l'enfer de l'addiction.
Livre passionnant d'un jeune drogué de 23 ans à l'alcool et au crack, réalise que c'est sa dernière chance de s'en sortir et qu'il le fera à sa façon, dubitatif sur certains aspects de la méthode des "Alcooliques Anonymes". Vous noterez que j'ai mis "autobiographique" entre guillemets puisque l'auteur a admis bien plus tard qu'il avait grossi le trait sur addiction et sur ce qu'il a vécu dans le centre de désintoxication.

La maîtrise d'un style au service de son addiction

Comme tout livre reste une œuvre de fiction, c'est donc normal que l'auteur ait enjolivé son personnage, qu'il a pris le "meilleur du pire" de ce qu'il a pu voir et vivre dans sa vie de toxicomane, ainsi que pour l'élaboration des personnages secondaires qui viennent donner vie à cette formidable histoire.
Même si le personnage du jeune James Frey est très "tête à claque" (qui ne l'a pas été à cet âge?!?) et que son lourd passif d'addiction et de délinquance est un peu "too much", l'auteur nous emmène parfaitement dans son histoire et son mystère. Il y a un style à la fois spontané et réfléchi qui fait mouche, alternant des phrases courtes et des paragraphes à n'en plus finir. Et il incorpore quelques effets de styles très propice à la personnalité décalé des drogués, qui n'ont plus les mêmes repères de temps, d'espaces et d'intérêts que les personnes normales. Ce style avec ses effets de répétition répétés qui ne se répètent pas, ont pour effet de marquer, comme l'aiguille dans le bras, une trace indélébile dans notre imaginaire sur la souffrance psychologique de l'auteur. Son style rappelle celui de Kerouac dans "Sur la route" car les 2 auteurs sont embarqués dans un train de vie dans lequel ils ne savent pas comment sera le lendemain, et encore moins l'heure suivante. Ils errent dans un présent indéfini et doivent vivre au jour le jour, et s'empiffrer de la moindre lueur d'espoir pour se raccrocher à une vie qui ne pourra être plus pareil, sans artifices et orgasmes chimiques.

Un purgatoire tellement humain

Outre le style et le récit spontanée de cette phase transitoire de rédemption, l'auteur a peint un cadre magnifique avec ses zones d'ombres et ces éclairs de lumières. Il a réuni un formidable panel de personnages secondaires qui viennent donner corps à l'histoire. Entre Léonard le mafieux et Miles le juge, il rappelle que l'addiction (drogue, alcool, sexe) touche toute la population, que l'on soit riche, pauvre, jeune, vieux, sportif, rachitique, etc. et que nous sommes peu de choses face à ce démon. Ces personnages ont beau être de parfaits clichés il n'en reste pas moins que leurs vies et interactions dans cet univers clos, ce purgatoire, viennent éclaircir ce sentiment d'abandon et de désespoir d'une rémission totale face à la maladie. Tous savent que seuls moins de 15% d'entre eux arriveront à survivre de leur addiction. Ils entament les premiers pas d'une nouvelle vie qui semble morne mais les crises de rages, de cris et de désespoirs restent en bruit de fond, dans la "zone de desintox" où les nouveaux patients arrivent, rappelle la fragilité de leur existence, face à des puissances et substances qu'ils ne maitrisent plus.

Les démons de l'auteur

Ayant lu "Le dernier testament de Ben Zion Avrohom", je retrouve quelques démons internes à l'auteur, commun aux 2 livres, qui se focalisent surtout vis-à-vis de la la religion, omniprésentes aux USA. James Frey est un agnostique, il reconnait une puissance divine imperceptible qui échappe à notre entendement et il est viscéralement anticlérical. Chose amusante, il ne nous expose même pas les 12 préceptes des "Alcooliques Anonymes" tellement il considère absurde cette croyance et ce besoin d'incarnation d'une puissance qu'on ne peut comprendre, et de remplacer une addiction par celle d'une croyance religieuse "douteuse". Il y a également l'auto-détermination, car pour sortir de cette addiction, il faut un énorme travail sur soi et il considère que la méthode du centre renforce l'effet, parfois néfaste, de la victimisation. C'est le débat un peu "tête à claque" qui m'a le moins plus dans le livre. Le jeune héros en fait un peu qu'à sa tête, son inconscience et son esprit de rébellion sont sa force, certes, mais il les place en opposition aux remèdes qu'on lui propose. Mais les 2 visions se rejoignent, car il n'y a pas de remède miracle. Il y a certes des médicaments pour couper l'addiction sur le court-terme, mais couper l'envie est ce qu'il y a de plus dur: il faut du temps, et gagner une force en soi et avoir un support infaillible. L'auteur rejette donc un peu trop ce support moral, incarné par les réunions des AA et celui de l'Eglise. Pour lui, le patient doit d'abord confronter ses démons, essayer de comprendre pourquoi ils en sont arrivés là, et surtout, savoir dominer son envie de ne pas succomber à la tentation.

 

Références

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://www.atoma.org/atopia-v3/index.php?trackback/707

Fil des commentaires de ce billet