James FREY - The Final Testament

James FREY - The Final TestamentUn peu de lecture prophétique (et blasphématoire) avec le retour sur Terre d'un homme qui se dit fils de Dieu.
Intrigue: Après avoir survécu à un accident mortel sur un chantier à New-York, Ben Zion Avrohom semble être bien le Messie tant attendu par les religions juives et chrétiennes. Au travers de témoignages, cela semble bien le cas par tous ceux qui ont croisé son chemin. Mais les opinions divergent à son égard car il semble bien loin de l'image du fils de Dieu. On rapporte en effet qu'il a des liaisons avec des hommes, engrosse les filles et organise des orgies, soigne les malades et euthanasie les mourants. Et pour combler le tout, il défie le gouvernement et bafoue le sacré.

A vous de faire votre opinion à la lecture de ces témoignages pour valider si c'est bien le second avènement du Christ.

Remarque: lu en anglais
Titre français: Le dernier testament de Ben Zion Avrohom
Ma note: ma note
Ma critique:...

Voici un livre qui m'a passionné et dont le sujet ne laisse pas indifférent. Une croyance commune qui hante toute la civilisation judéo-chrétienne depuis 2000 ans: celle du retour du Christ pour nous annoncer la fin des temps. Et James Frey s'y attaque de manière fort habile, en jouant sur le fil tendu de la polémique et par l'ingéniosité de son récit.
C'est en effet au travers d'un recueil de témoignages des personnes qui l'on côtoyé, avec leurs propres mots, que l'on découvre sa vie, à partir du moment où tout a basculé: son emménagement dans un HLM pourri de la banlieue de New-York et cet accident inexplicable sur son lieu de travail avec la chute de ce bloc de verre qui le déchiquette, dont il en ressort mortellement blessé mais reste en vie miraculeusement après plus de 12 heures d'opérations chirurgicales. Recouvert de milles plaies et atteint de crises épileptiques incontrôlables, on découvre ensuite son mystérieux passé, ses miracles et la découverte du message qu'il délivre.

Une revue moderne aux évangiles

Afin de rendre mystique le propos de son œuvre, James Frey s'est amusé à transposer des éléments clés de la vie de Jésus, et des évangiles, dans notre quotidien, au cœur même de la cité la plus en vue dans le monde: New-York. Tout comme l'évangile, les 12 témoignages ne sont pas dans un ordre chronologique parlant d'abord de la jeunesse du nouveau Messie jusqu'à sa montée au ciel. On découvre d'abord un jeune homme perdu, sans famille, mystérieux. Comme dans les évangiles, la jeunesse du héros reste floue et c'est peu à peu que l'on recolle des morceaux de son passé quand sa famille le retrouve, avec cette étrange coïncidence: Ben Zion Avrohom est né juif et circoncis le jour de l'anniversaire de la destruction du temple de Salomon, d'une descendance du prophète David, comme l'annonce les textes sacrés.
Le héros porte ce fardeau d'un signe mais la révélation ne vient que plus tard, avec l'accident improbable du chantier et la miraculeuse opération qui le sauve d'une mort certaine. C'est à partir de là qu'il endosse son rôle de Messie, et se confronte à l'étape de la tentation, avec les 40 jours de jeûne, non pas dans le désert, mais les tréfonds de la cité qui ne dort jamais.
On retrouve également le personnage de Marie-Madeleine sous les traits de Maria-Angeles, de Baptiste avec celui de Yahiah, des guérisons miraculeuses et d'autres multitudes anecdotes que je ne peux révéler sous peine de vous gâcher la surprise. C'est très bien vu et fort bien amené. Le summum vient avec la transposition de la crucifixion dans notre monde moderne. Je cherchais comment il allait finir sur la croix de nos temps modernes et James Frey a trouvé l'idée la plus géniale et terrifiante qu'il soit.
Au-delà de ce parallèle à la vie de Jésus, l'auteur revient au cœur même de son message universel: l'amour.

Le verbe est Amour

Scarification, orgie, anarchie et bienveillance, telle pourrait être le programme du retour du prophète imaginé par James Frey, mais c'est surtout le message d'AMOUR qui est le plus fort.
Tout comme le christ, il porte en lui le malheur du monde, et cette incarnation s'effectue par la scarification, avec son accident qui lui a provoqué milles cicatrices, mais également face à d'autre incident dont il est victime. Il est une éponge qui prend le mal des autres, qui le font tomber en crise épileptique, pour ensuite donner tout le meilleur qu'il a, à savoir l'amour.

Et il s'agit d'un amour libre, libre de toute contrainte et d'orientation sexuelle, raciale, sociale, religieuse, de couleur ou d'âge. Il aime son prochain en se donnant complètement à eux: hommes, femmes, riches, pauvres, beaux, laids, intelligents, idiots, jeunes, vieux: il incarne l'amour absolu et l'amour physique, sans retenu.
Avec une vision assez nihiliste dans laquelle il rejette toute croyance, toute contrainte sociale et surtout l'absence de vie après la mort, le héros délivre un message épicurien et altruiste: il faut savourer le moment présent car après, vous ne serez rien. C'est ainsi que de nombreux passages relatent des scènes d'orgies dantesques: l'amour physique et l'amour spirituel sont liés. L'amour suprême est celui de se donner aux autres, physiquement et intellectuellement. Il travestie à merveille son message "Aimez-vous les uns les autres" par "aimez-vous les uns SUR les autres", voire même "aimez-vous les uns DANS les autres"!.

Sa philosophie de vie se rapproche donc énormément des milieux hippies dans années 60 et 70, en créant ces communautés de personnes qui se sentent rejetés, à la lie de la société, afin qu'ils retrouvent un sens à la vie, à leur vie. Il faut savoir accepter nos différences, les siennes et celles des autres, qui est la première étape pour vivre en osmose avec leur monde, et avec de nouvelles valeurs d'entraide et de bienveillance, à l'écart des lois autoritaires, de la morale réprobatrice et d'un consumérisme toujours plus exclusifs.
Les scènes d'orgies ne sont que l'accomplissement de ce don de soi, de son altruisme envers l'autre, quel que soit sa condition. Ce nouveau Messie ne prétend pas apporter un bonheur éternel, mais quelques instants de bonheur et d'extase, pour mieux affronter les dures épreuves de la vie.

La multitude des témoignages, issues de différents milieux sociaux, religieux et raciaux, apporte également un vision par prisme, par couche, qui au final, forme un tout et donne sens à ce message. L'auteur nous rappelle ainsi que cette ouverture d'esprit et d'amour est la base de toute religion, et comme il le dénonce, c'est paradoxalement le premier signe de division et d'exclusion.

Une lutte contre tous les dogmes religieux et la sociétés consumériste

Polémique et anticlérical avec l'avènement de ce Messie pro-LGBT, le livre dénonce le pouvoir néfaste des religions, qui fait miroiter un émerveillement intérieur, mais qui en fait emprisonne leurs fidèles. Et c'est d'autant plus vrai aux Etats-Unis où la religion est une véritable étiquette sociale, et un vrai business.
Il est très véhément envers le Catholicisme, qui est à l'origine de tant de génocides et de conversions forcés, mais également envers toutes les autres formes de religion, comme le judaïsme et l'islam. Il rejette le fait que ces religions se basent sur la soumission et l'acceptation de dogmes et de pratiques ancestrales qui n'ont plus lieu d'être. Ces pratiques d'antan avaient leur utilité en inculquant aux masses des bonnes pratiques d'hygiène, de morale, de vie en société. Ces textes anciens étaient de la science-fiction à l'âge de pierre (comme s'amuse à dire son héros), et avaient pour objectifs d'éclairer et d'aider à mieux embrasser le monde de demain. Et le monde a changé, les humains également, ces textes sacrés ne ne sont plus en phase des réalités de la vie moderne: les religions devraient en faire la part des choses et trouver de nouvelles pratiques et de nouveaux écrits, en phase avec ces temps modernes mais incertains.

Ce Messie LGBT ne défend pas que les minorités, il défend également les majorités silencieuses et opprimés. Il joue à fond sur les maux de la société américaine: la racisme et le droit à l'avortement. Il est ainsi totalement blasphématoire pour certains "biens pensants" américains et le livre a été plus ou moins banni des devantures des boutiques. Imaginer un Messie qui défend réellement la veuve et l'orphelin, qui défend toutes les femmes et met en avant leur droit à disposer de leurs corps, et donc d'avorter; et qui ne voit pas la mal à vivre dans un ghetto noir et de faire l'amour à un homme: c'est sur que c'est devenu un livre tendancieux outre-Atlantique, et qu'il a été nettement mieux accepter sur le vieux continent.

Après avoir dérangé la certitude en nos croyances religieuses, l'auteur s'attaque également à la société dans tout son ensemble, qu'elle soit libérale, capitaliste ou autoritaire. Il dénonce cette fuite en avant dans la consommation, de cette identification à outrance envers les produits et les idées que l'on aime. Nous sommes soumis à un désir intarissable: l'argent et la possession. Ce nouveau Messie rappelle que même les religions s'y sont soumis (surtout aux USA les télé-évangélistes sont rois) et que le monde court à sa perte, à son autodestruction.

Un texte d'une violente beauté

Cela a beau être une œuvre de fiction polémiste, le message d'amour que l'auteur reprend est bien plus proche des mots originels de Jesus que toutes les religions actuelles. C'est un splendide plaidoyer pour la tolérance et l'acceptation de l'autre, j'ai trouvé ce livre très beau, universel. James Frey a réussi son pari: nous donner envie de dévoiler ce mystère et de nous illuminer de son mysticisme et d'envie de répandre plus d'amour et de compassions, envers nos proches, mais surtout envers ceux que l'on ne regarde plus.

Un livre fort, à partager!

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