November Road de Lou Berney

November Road - Lou BerneyBelle découverte d'un nouvel auteur américain mélant polar, thriller, romance et road-trip dans l'ouest américain d'un complice de l'assassinat de JFK
Intrigue: Sur une route perdue de l'Ouest américain, un homme roule à tombeau ouvert. Cet homme, c'est Frank Guidry, homme de main de la Mafia de la Nouvelle-Orléans. À ses trousses, un tueur à gages mandaté par le mafieux Carlos Marcello, qui veut se débarrasser de certains témoins indésirables dans le crime du siècle: l'assassinat de JFK.
Guidry sait que la première règle, quand on est en cavale, est de ne pas s'arrêter. Et que la seconde est de ne compter que sur soi-même. Pourtant, lorsqu'il aperçoit, au bord de la route, une femme avec une voiture en panne, deux petites filles et un chien sur la banquette arrière, il y voit une proie facile. Et la couverture qui lui permettra de leurrer l'homme qui le traque.

Remarque: lu en anglais
Titre français: November Road
Ma note: ma note
Ma critique:...

Chaudement recommandé par Mark BILLINGHAM lors de son interview croisée avec Michael CONNELLY, je me suis jeté sur ce livre de Lou Berney, ce road-trip au travers les USA, à mi-chemain entre romance; thriller et la belle époque beatnik de Jack Kerouac puisque l'action se déroule en 1963, au lendemain de l'assassinat du président Kennedy.

Une intrigue historique

Lou Berney ancre son roman sur un fait divers qui reste toujours sans réponse: le véritable commanditaire et assassin de John Fitzgerald Kennedy, le vendredi 22 novembre 1963 à Dallas. L'auteur reprend une des implications des plus probables dans l'assassinat de Kennedy, celles de la Mafia. Il reprend ainsi de vrais personnages comme Carlos Marcello pour lequel il a été validé et quelques autres pontes et d'autres faits antérieures à l'assassinat (la tentative de corruption d'un juge de Chicago), en y ajoutant ces propres personnages fictifs et autres faits pour nous conter son histoire autour de ce mystère.
Lou Berney ne part pas dans une reconstitution minutieuse de l'assassinat pour "prouver" sa théorie. Il considère donc, dans son livre, que c'est bien Carlos Marcello le commanditaire et que celui-ci fait tout pour nettoyer les traces et témoins pouvant le mener jusqu'à lui. C'est ainsi qu'il invente le personnage de Frank Guidry, membre de la pègre de la Nouvelle-Orléans apprécié pour son efficacité, et son aisance à trouver une solution à tout problème; et qui doit trouver une solution à la machination de son boss pour rester en vie.

Le traqué, le tueur et la belle

L'histoire tourne autour de 3 personnages que tout oppose, ou du moins, qui ont peu de points communs. D'un côté, nous avons donc le personnage central du livre, Franck Guidry, le "gentil" truand débrouillard, affable et coureur de jupons, bienheureux dans son élément et ses petites combines. De l'autre, nous avons Charlotte, la femme enfermée dans sa vie sociale et piégée dans son couple avec un mari ivrogne, qui décide de tout plaquer d'un coup de tête, et partir en Californie avec ses enfants. Et au milieu; nous avons Paul Barone, le tueur solitaire, limite psychopathe, payé pour se débarrasser de tous les témoins ayant conduits à l'assassinat de Kennedy.
En ayant ancré l'histoire par des faits réels et l'inéluctable funeste destin qui frappe à la porte de Franck Guidry, l'auteur nous emmène dans un road-trip noir romantique. Il réussie à rendre sensé sa romance et à nous rendre sensible à cette histoire d'amour improbable.

Le livre tourne donc autour de ces 3 personnages, et en premier lieu sur Franck et Charlotte, qui se sont jetés dans le vide. Ils ne savent pas où ils vont atterrir, de quoi sera fait leur lendemain. Il est quelque part naturel que dans cette fuite en avant qu'ils se trouvent, qu'ils se réconfortent, et qu'il se découvre. Le road-trip est étrangement hors du temps. Ils sont en en apesanteur, en pleine torpeur, avec une certaine mélancolie du mode de vie qu'ils abandonnent, tout en ayant cette détermination de couper les ponts et cette volonté de devoir rebondir vite. Leur romance est une aparté à laquelle nous voulons tous croire. Le côté fleur-bleue de tout lecteur aimerait qu'ils réussissent leur périple et puissent faire leur vie ensemble pour réussir ce fameux rêve américain que Kennedy a si bien vendu.

Des destins croisés

Ce November Road nous dévoile donc une romance mais c'est d'abord un roman noir et on se doute bien que le couple devra sortir du tunnel avant d'espérer voir la lumière, et d'effacer toute ambiguïté sur leurs aspirations profondes. On pourrait résumer l'équation de toute belle romance par l'amour contrarié d'un homme et d'une femme par des emmerdes. Et là, l'emmerde a un vrai visage: celle du tueur. Et c'est un vrai killer comme Hollywood les aime: froid, implacable et sans remords. Mais qui au fil des pages, l'auteur nous dévoile son humanité, sa psychologie complexe face à l'absurdité de sa mission: il sait que tous les contrats qu'il exécute sont liés, de près ou de moin, au meurtre de Kennedy, et qu'il sera à un moment donné, le dernier témoin.
L'auteur apporte un supplément d'âme à ces 3 personnages qui sont finalement assez typés. Les personnages évoluent mais ils restent avec leurs faiblesses qui nous offrent de jolis contrepieds dans le l'achèvement de cette histoire. Même si l'anguille Franck Guidry devient responsable et digne de confiance et que le tueur s'humanise, ils restent des malfrats, lâches face cette réalité implacable: mourir ou survivre; ce qui nous laisse entrevoir une fin surprenante et captivante.

L'émancipation de la femme

Seule Charlotte reste droite. Bien qu'aveuglée par l'irruption de cet amour naissant, et la vue d'une possibilité d'une nouvelle vie, elle nous surprend en étant féministe et déterminée. L'auteur fait de temps à autre le parallèle avec la situation des noirs américains avec celle des femmes; où au début des années 60, les blacks panthers et les féministes revendiquent leurs droits civiques et d'émancipation face à cette société raciste et sexiste. Et l'auteur américaine nous ouvre les yeux sur le paroxysme de ces 2 mouvements. L'épilogue du livre avec ce saut dans le temps (40 ans plus tard) en est la preuve. L’Amérique reste toujours raciste, toujours violente et seule les femmes ont réussi à gagner leur liberté. Derrière ce polar et cette histoire de malfrats, il se cache le récit d'une femme qui a réussi à renverser sa destinée. A travers le personnage de Charlotte, l'auteur rend hommage à toutes les femmes qui ont su sortir d'un quotidien sordide, et qui ont su faire évoluer dans le bon sens la société américaine.

Un style cinématographique fort plaisant

Dès le premier paragraphe du livre, j'ai adoré le style de l'auteur: précis et visuel. On plonge dans cet univers particulier dans années 60, dans la moiteur de New-Orléans et la sécheresse aveuglante des lumières de Las Vegas; avec cette Amérique en pleine mutation. Le road-trip que nous offre Lou Berney est un joyau qui renvoie autant la lumière qu'elle ne se l'accapare. Variant les passages rapides et quelques lenteurs, des images limpides et claires aux ambiances moites et troubles, on reste captivé de bout en bout. Il nous offre quelques contrepieds fort bien vus. Mais ces contrepieds sont en fait des déceptions qui font la force du livre. Ces déceptions sont en fait des mirages, des rêves inaccessibles auxquels les personnages s'accrochent. Le seul bémol que j'ai trouvé est pourquoi l'auteur s'est acharné à faire quelques morts un peu trop "tarantinesque" à mon goût. Par exemple, le choix de Guidry aurait été bien plus fort sans l'incident chez son ange-gardien à Las Vegas.
Quoiqu'il en soit, ce roman est une vraie réussite, avec des faits historiques, des clichés trompeurs, un road-trip passionnant et 3 beaux personnages que l'on n'oubliera pas de sitôt. Je vous conseille vivement ce livre, qui est également paru en français; et pour ma part, je devrais bientôt m'attaquer à son précédent livre "The Long and Faraway Gone" (2015), qui a reçu de nombreux prix

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