Mark Haddon - The Curious Incident of the Dog in the Night-Time

The Curious Incident of the Dog in the Night-TimeJe cherchais un livre à lire rapidement et j'ai jeté mon devolu sur bouquin au titre étrange: "Le bizarre incident du chien pendant la nuit" de Mark Haddon.
Intrigue: Christopher Boone a 15 ans et il est autiste. Porteur du syndrome d'Asperger, il excelle en mathématiques, il aime les diagrammes, les listes, les faits et rien que les faits. Il ne sait pas mentir et ne supporte pas qu'on le touche. Il adore le rouge et déteste tout ce qui est jaune, voire marron.
Un matin, Christophe découvre que Wellington, le caniche de sa voisine, a été assassiné, il décide de mener l'enquête et d'en écrire le récit, lui qui adore Sherlock Holmes. L'ennui, c'est que Christopher ne s'est jamais aventuré plus loin que le bout de la rue, il est agoraphobe et supporte très mal d'être dans les lieux inconnus.
Mais décidé à trouver la vérité derrière ce crime atroce, cette enquête va lui permettre d'arracher au passé l'énigme de sa propre histoire. Et de nous la raconter...

Remarque: lu en anglais

Titre français: Le bizarre incident du chien pendant la nuit
Ma note: ma note
Ma critique:...

Voici un livre touchant et original, qui se base du point de vue d'un jeune autiste atteint d'Asperger et qui nous confie son enquête sur un fait divers étrange: le meurtre du caniche de sa voisine. Cette enquête le conduira à en découvrir plus sur son passé et sur le monde qui l'entoure.

De l'auteur à l'autiste

Avec ce livre sur ce bizarre incident durant la nuit, Mark Haddon a remporté le prestigieux prix Whitbread du meilleur livre de l'année 2003. Et c'est amplement mérité. En quelques pages, il nous met dans la tête de son jeune héros, à la vie singulière et parfaitement réglé avec ce pragmatisme obsessionnel où tout doit rester dans l'ordre, et être immuable dans le temps.
Au travers de son livre, l'auteur nous rappelle que nous sommes tous quelque part un peu autiste, surtout si nous laissions nos pulsions prendre le dessus. Il nous rappelle que petit, sans connaissance et sans expérience du monde, nous l'avons été. Et l'auteur nous explique parfaitement en quelques mots simples ces symptômes de l'autisme, cette réalité intersubjective déformée où le jeune homme n'a pas toutes les clés de lecture de nos codes, de nos sentiments, de nos us et coutumes. Le garçon est toujours dans cet amour inconditionnel de ses parents et qu'il se sent le centre du monde. La conscience de l'autre et l'intérêt commun, les bases de toute société, restent des concepts inconnus ou sans réelle valeur à ses yeux. Hyper-analytique, il est mal à l'aise dans ce monde saturé d'informations, et au contraire du chien qui vit dans l'instant présent, le jeune autiste a besoin de repères durables, constants et compréhensibles.

De l'autiste au lecteur

Derrière sa naïveté, la logique de Chistopher est parfois bluffante. Elle est plus souvent amusante du fait qu'il nous partage ses déductions puériles comme si c'était de grandes découvertes. Elles sont également parfois déroutantes; et quand certains chapitres changent du tout au tout (sur le chien de Baskerville, une anecdote, les constellations, etc.), c'est qu'il y a un loup, une explication, une relativité qui nous a échappé. Comme le dit Arthur Conan Doyle: "Le monde est plein de choses évidentes que personne ne remarque jamais", et l'auteur par le biais de son jeune héros, nous rappelle à ce pragmatisme logique, cohérent et indémontable, selon son point de vue, évidemment.
Chose amusante, vu que c'est écrit à la première personne, c'est la manière dont il nous fait comprendre qu'il est différent. Il ne nous confie pas qu'il est autiste et atteint du syndrome d'Asperger. En fait, c'est par son quotidien que l'on découvre sa singularité. Le début du livre est très répétitif sur le quotidien du jeune héros. C'est assez subtile, il confie quelques uns de ses symptômes (comme le fait de se révulser dès le moindre contact physique) ou de manière directe: sa scolarisation se fait dans un établissement spécialisé où tous ses camarades sont tous idiots et "attardés"...
Et d'un autre côté, il y a ce mystère d'incompréhensions, de superstitions (plus de 3 voitures rouges alignées est signe de bonne journée) et de toutes ces petites choses qui nous dépassent, ou surtout auquel nous ne faisons plus attention, et qui reste un élément essentiel pour le jeune héros; et pour certains autistes.
Pour information, Mark Haddon a travaillé de nombreuses années auprès des autistes, ayant des symptômes plus ou moins sévères. L'auteur nous éclaire donc sur cette singularité et la difficulté de vivre avec. Bien entendu, je parle là des proches.
Cela aide à mieux comprendre les crises de ces inadaptés sociaux, c'est quand l'autiste fait face à ce trop plein d'informations, à trop d'inconnu, à trop de contradictions (un sourire sur un message menaçant), son cerveau n'arrive plus à enregistrer et à analyser ce qui se passe, il se bouche donc les oreilles, ferme les yeux et se roule en boule tout en grognant, le temps que ca passe. Et le jeune Christopher a appris à passer ces crises en se concentrant sur un problème mathématique, pouvant l'immobiliser plusieurs minutes à plusieurs heures.
Tout tient donc à son équilibre mental qui est très binaire, et du coup très manichéen. C'est vrai ou c'est faux. Cela ne peut pas être entre les 2. Il ne comprend pas tous les sentiments contradictoires, les ambivalences et les incertitudes; en d'autres mots, les mystères de l'âme et de ses sentiments.

Le livre parfait à lire en anglais dans le texte

Avec son style direct, écrit à la première personnes, sans métaphores, euphémismes ni descriptions superflues (ce dont l'adolescent est bien incapable de faire), ce livre se lit d'une traite. Je le conseille à tout ceux qui cherchent un livre à lire en anglais (où dans une autre langue étrangère). A part quelques mots de vocabulaire très précis, c'est très simple à le lire dans la langue de Shakespeare. Le roman est agrémenté de croquis, d'illustration et d'énigmes et de formules mathématiques, rendant l'universalité des propos du jeune héros très limpides. Les répétitions introductives (et explicatives) vous mettent dans le bain de la bonne maîtrise des mots. Et les lubies du jeune héros vous aident clairement à mieux comprendre le sens, et l'essence de cette histoire.

Un conte initiatique

Le périple de l'adolescent est un conte initiatique sur ce qu'est la vérité, l'apprentissage et la découverte de l'autre, cet inconnu.
Pour lui, le monde est déconcertant du fait qu'il considère que les gens agissent de manière irrationnelle. Sa double personnalité, entre celle de l'enfant naïf et celle du scientifique érudit, nous fait balayer chaque moment de vie avec un prisme de vue radicalement différent. Il voit bien qu'il n'a pas toutes les clés pour déchiffrer une situation et qu'il a besoin de se baser sur d'autres facteurs. La connaissance ne fait pas l'expérience; ni l'expérience ne fait la connaissance.
Malgré les énormes progrès et du travail sur soi que fait le jeune autiste, la fin du livre reste très dure à son encontre: son absence totale d'empathie fait qu'il y aura toujours un gouffre avec les autres. Ces 2 univers sont à la fois déconcertants et déconcertés, l'un pour l'autre. Cette conclusion assez dure pour l'entourage du jeune héros, nous rappelle également le long combat invisible et perpétuel de gérer ces personnes dites "anormales". L'auteur nous ouvre les yeux sur cette dure réalité, et ce besoin essentiel de comprendre l'autre, et que je rejet ne peut être qu'une impasse.

Références

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