Michael Connelly - Fair Warning

Michael Connelly délaisse son inspecteur harry Bosch pour revenir vers l'un de ses personnages historiques, le reporter Jack McEvoy que nous avions découvert dans "le poète" puis dans "l'épouvantail".
Intrigue:... Le reporter Jack McEvoy a enquêté sur plus d'un tueur en série et il est en passe d'en découvrir un nouveau, encore non détecté par la police fédérale.
Un matin, 2 flics sonne à la porte du reporter Jack McEvoy, le soupçonnant d'avoir tué Jenna Portera, une recontre d'un soir. Intrigué par la façon extrêment brutale dont a été tuée la victime, il décide d'enquêter; contre l'avis de la police et de son éditeur.

Il découvre vite plusieurs victimes, toutes des femmes et toutes mortes de façon à peu près similaire. Il semble que le point commun entre elles soient liées à la recherche de liens de parentés par ADN. Le serial-killer choisit-il ses victimes selon des appétences génétiques?
Pour le savoir, Jack va devoir s'enfoncer dans le dark-web pour sauver une de ses sources, la seule qui puisse être en mesure de connaître la véritable identité du tueur.

Remarque: lu en anglais
Titre français: Non encore édité (été 2020)
Ma note: ma note
Ma critique:...

Ma passion pour Michael CONNELLY vient d'un livre: The Poet (le poète), paru en 1996. Thriller complexe où le journaliste Jack McEvoy enquête sur l'étrange suicide de son frère et découvre la trace d'un tueur en série. Polar admirable, c'est donc par ce biais que j'ai ensuite plongé dans l'univers de Harry Bosch et ses multiples enquêtes. L'auteur américain fait souvent s'entrecroiser ses différents héros (Bosch; Mickey Haller et Rachel Walling) dans ses livres mais ce n'est que la troisième fois que l'auteur américain reprend le personnage du journaliste. Après "Le poète", il y a eu "Scarecrow", paru il y 12 ans de cela. Et à l'époque, le journaliste écrivait son dernier grand article, avant de partir pour licenciement économique. On se retrouve donc quelques années plus tard, où le journaliste a vécu des royalties des livres écrits sur ces 2 tueurs, et qui végètent désormais dans un blog professionnel (Fair Warning) spécialisé contre la fraude envers les consommateurs. Ce site est d'ailleurs un vrai site, et le rédacteur en chef du livre se dénomme pareil.

Un polar avec plusieurs strates de lecture

L'intrigue de ce nouveau polar ma rappelle un peu "Chasing the Dime" (Darling Lily, 2002) car le héros se retrouve soupçonné par la police, et la couverture du livre laisse à penser que c'est délibéré. Est-ce une coïncidence et la méfiance des flics est-elle fondée? Y'a-t-il autre chose que l'on ne sait pas et qui impliquerait davantage le journaliste? Et bien non, c'est une fausse piste de l'éditeur pour faire croire qu'il y a une machination et rajouter un peu plus de suspense, un peu inutile avec le brio de l'auteur.
En effet, Michael Connelly a ce don de planter les indices, de tisser des liens invisibles entre les différents protagonistes et de nous aiguiller vers des leurres. En cette période de post #Metoo, il a le don de dénoncer le sexisme rampant dans la société américaine avec ce nouveau mouvement des "Incels": célibataires involontaires, qui voient en la femme le mal absolu..Et l'idée de sélectionner ses proies à la lecture de l'ADN est géniale.

Des faits sociétales inquiétants

Ce mouvement des Incels est aussi une dénonciation de cette dislocation du tissu sociale américain, où chacun se recroqueville dans son idéal, et rejetant tout ce qui différent. On est loin du message d'Adjustment Day de Palahnuik, mais c'est bien une autre manifestation que les USA courent à leur perte avec ce droit à la différence sans contrepartie d'accepation de l'autre.

L'autre point marquant est bien entendu les répercussions de la systématisation des analyses d'ADN. Cela fait même froid dans le dos de savoir que certains génomes sont révélateurs de déviances, tares ou de santé fragile. Le monde de "Bienvenue à Gattaca" est proche. Les sociétés d'assurances demandent depuis longtemps une analyse sanguine pour un long emprunt: il est fort à parier qu'elles vont faire ce saut technique pour détecter si notre nature profonde, notre ADN, n'est pas porteurs de facteurs de risque.
D'autant come le souligne l'auteur, la législation sur la recherche ADN et de ce que l'on peut en faire est nulle. On peut donc craindre le pire à l'avenir.

Un polar moderne

Revenons au livre et à la chasse au tueur. L'auteur californien met plusieurs écrans de fumée, des complices et des coupables indirects auxquels Jack McEvoy se frotte. On sort des récits habituels de l'écrivain où la technologie reste très limitée et on s'aventure dans un nouvel univers (le dark-web) et le monde de la bio-technologie de l'ADN. cela reste très bien vulgarisé et simple à comprendre. Pour faciliter la quête du journaliste face à ces différents méchants d'un nouveau genre, l'auteur fait ressortir Rachel Walling, ancienne enquêtrice du FBI, que nous avons découvert dans les 2 précédents livres avec Jack McEvoy. Leur passé commun compliqué où amour, loyauté et légalité ont été fortement éprouvé est synthétisé. Il n'est donc pas utile de les avoir lu. Ce troisième polar se lit d'une traite et c'est l'un des meilleurs de l'auteur sur ces 10 dernières années.

Un polar parfait avec quelques défauts

J'aurais bien aimé qu'il soit un peu plus long et plus complexe. Le fait que le tueur d'effacer ses traces de manière radicale et de manière très rapide sent un peu le travail bâclé. Mais bon, c'est dans le feu de l'action et je pardonne Michael Connelly de cette petite facilité dans son récit. Par contre, il y a 3 points qui m'ont énervé:
 - la victime est une femme "facile", qui aime les rencontres d'un soir, et qui a rencontré Jack McEvoy un an plus tôt... C'est un délai un peu long je trouve. 2 ou 3 mois auraient été plus crédible.
 - Rachel Walling trouve en moins de 2 minutes le mot de passe d'un des administrateurs d'un site du dark-web. Là aussi, c'est à peine crédible...
 - Le tueur se promène avec une Tesla qu'il a volé quelques mois plus tôt! Non mais, la voiture connectée par excellence que l'on ne détecte plus et que l'on ne retrouve plus.
C'est sûr, je chipote, mais bon, ce polar est d'une telle qualité que ces petites facilités auraient pu être revues et controunées!

Le meilleur de Connelly depuis longtemps?

Michael Connelly nous offre ici l'un de ses meilleurs polars. Sur une coïncidence et une simple intuition, son héros trouve la trace d'un tueur en série mais dénonce également une dérive sectaire, une dérive économique dangereuse aidée par un laxisme étatique. L'enquête dévoile et met en lumière polusieurs criminels, complice et ravive ce qu'est le travail du journalisme. Toutefois, l'auteur ne se fait d'illusion sur son ancien métier. Les prochains Woodward & Bernstein ont plus de chances d'être des blogueurs, youtubeurs ou podcasteur que de vrais journalistes. Et ce n'est donc pas par hasard que Jack McEvoy se retrouve comme journaliste pour un blog et se lance dans l'idée de faire des podcasts. Le journalisme évolue et l'auteur nous montre qu'il y a toujours de vrais professionnels. Ce ainsi qu'il reprend l'enseigne d'un vrai site internet: FairWarning.org et à sa tête le même rédacteur en chef que dans le livre.

Pour conclure, on peut se poser la question du prochain livre avec McEvoy. Car comme le confirme Michael Connelly (voir l'échange avec Mark Billigham), c'est un peu son alter-ego. Le crime est leur affaire et tout le monde compte, quelque soit la victime.
Donc, si on se base sur la périodicité des livres de Jack McEvoy (tous les 12 ans jusque là), on pourrait facilement envisager que l'auteur compte boucler la boucle en faisant revenir le journaliste sur une dernière enquête, qui pourrait bien porter sur la mort mystérieuse d'un ancien flic, prénommé Harry Bosch, non?!?
Cela serait beau mais bon, plus sérieusement, la fin du livre ouvre une nouvelle voie pour de nouvelles histoires où Jack et Rachel devraient s'associer pour enquêter sur des cold-cases, le retour des 2 héros devraient donc donner la donne au couple Bosch/Ballard, couple que je trouve un peu bancal. Il est temps que Michael Connelly mette de côté son fameux inspecteur.

Références

L'interview croisée

Et puis je vous laisse découvrir cette double auto-promotion entre Michael Connelly et Mark Billingham, un des mes autres auteurs favori.

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