Bernard MINIER - Le Cercle

A Treacherous ParadiseJ'avais bien aimé il y a 2 ans le "glacé" de Bernard Minier, je replonge dans son Sud-Ouest imaginaire et sanguinaire.

Résumé:

Un coup de fil surgi du passé, un e-mail énigmatique, qui signe peut-être le retour du plus retors des serial-killers, précipitent le commandant Martin Servaz dans une enquête dangereuse, la plus personnelle de sa vie.

Pendant ce temps, à une dizaine de kilomètres, un professeur de civilisation antique est assassiné, un artiste suédois brûlé vif, un éleveur de chiens dévoré par ses animaux. Que se passe-t-il autour de Marsac et de ce cercle d’étudiants qui réunit l’élite de la région et dont Servaz a fait partie?

Confronté à un univers terrifiant de perversité, Servaz va rouvrir d’anciennes et terribles blessures et faire l’apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

Ma note: ma note

Ma critique:

Bernard Minier continue sur sa lancée et c'est avec grand plaisir que l'on retrouve son commandant Martin Servaz, flic au SRPJ de Toulouse, dans la division des affaires criminelles. Nous le retrouvons plus de 18 mois après sa précédente affaire, "Glacé", que je vous invite fortement à découvrir. Il me parait d'ailleurs primordial d'avoir lu son précédent livre avant d'entamer ce nouveau cercle de frissons.
En effet, Ce cercle permet d'aller plus loin dans la psychologie des différents protagonistes, notament des seconds rôles; et surtout d'éclairer le parcours de ce flic atypique, très cultivé (grand amateur de Mahler, de latin et de belles lettres), Servaz est également un flic torturé par son passé: (mère violée et assassinée, et un père qui se suicida plus tard, pour les 18 ans de son fils). Et il revient sur les pas de ces difficiles souvenirs, sur cette enquête où le passé lui saute à la gueule, et l'ombre du fameux serial-killer de "Glacé" qui refait surface!

Le Cercle est un polar relativement intimiste par rapport à la froideur grandiloquente de "Glacé". La scène du meurtre qui entame ce livre est captivante, elle est certes moins cinématographique que celle de "Glacé", mais tout est autant méticuleuse dans son machiavélisme. L'auteur, après nous avoir fait découvrir un plan large de son "sud ouest imaginaire" (les lieux qu'il décrit n'existe pas), il faut un zoom sur les différents personnages. Servaz en premier lieu, mais aussi tous les autres personnages qui l'entourent, comme Irène Ziegler, la collègue gendarme du commandant qui vient porter main forte. Nous en savons désormais plus sur eux. Seul subsiste le mystère de Julian Hirtmann, ce fameux serial-killer, qui semble rôder auprès du Commandant.

L'intrigue du livre est donc multiple: le meurtre de la jeune et belle professeur et la machination qui se cache derrière, le passé sombre du commandant et le mystère Julian Hirtmann. L'auteur nous ballade de l'un à l'autre en nou semant parfois, mais justement pour relier les fils un à un et nous mener vers le dénouement final. On reprochera parfois la naïveté du commandant, ou du moins, son aspect intrépide et parfois stupide. Mais bon, le commandant Servaz n'est pas un super-flic, il a ses défauts et fait de son mieux pour les atténuer, et réussir à percer le mobile de ces meurtres.

Bernard Minier élabore ses livres comme un manga: le contenant et le contenu sont intrinsèquement liés. Après le froid et la dureté des rapports de Glacé, c'est une atmosphère orageuse et lourde qui plombe l'enquête. La météo a son impact sur l'affect des personnages, et sur ses lecteurs. Ce livre est moite comme une soirée d'été, prête à exploser suite à l'humidité engrengée toute la journée. Mais dans cette torpeur, l'éclair ne tombe jamais quand on s'y attend et la pluie n'a pas l'effet salvatrice escompté, au contraire. On s'engrouffre dans une atmosphère glauque dans laquelle on aimerait que le commandant puisse s'extirper, du fait que cette enquête lui rouvre les plaies de son cœur, et ravive ses peurs.

Au final, ce cercle est le digne successeur de "Glacé". C'est une oeuvre certes moins démonstrative, mais nettement plus intimiste, qui nous donne envie d'en savoir plus sur le lien invisible entre le serial-killer et commandant Servaz. Enfin, petite aparté, je tiens à dire que j'aime beaucoup la vision désolante que porte l'auteur sur nos politiques: criant de vérité.

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