PHILIPPE LUTTUN - The Taste of Wormwood

Voices from Chernobyl by Philippe LuttunPHILIPPE LUTTUN - The Taste of Wormwood (Voices from Chernobyl) ma note

Si le rock progressif vous gave et bien risquez-vous une fois de plus et dites vous qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis. "The Taste of Wormwood (Voices from Chernobyl)" est un album de rock progressif dans toute sa splendeur: c'est un concept album, avec des morceaux dépassant les 6 minutes, remplis de claviers accrocheurs, des riffs et solo de guitares bien placés et une multitude de breaks et d'enchainement de rythmes laissant peu de places aux refrains. Et pour couronner le tout, c'est un album auto-produit, fait par un français qui fait de la musique à ses heures perdues et qui réalise ici un coup de maitre, sans jamais surjouer dans les travers pompeux du Rock progressif.

Philippe LUTTUN est donc né à Saint Germain-en-Laye, a passé son enfance derrière un piano et voulait vivre de sa musique. Mais bon, il s'est vite fait une raison et il a préféré faire carrière dans une grande société. Depuis, la musique est devenu un simple hobby, il compose et enregistre ses chansons à ses heures perdues, qu'il partage gratuitement sur son site.
Avec son précédent album "Ring Down The Curtain" (2011), la demande a était telle qu'il en a sorti une version CD, et que le label légendaire de Rock Progressif MUSEA lui a proposé de distribuer son prochain CD. Et c'est chose faite.

Philippe LUTTUN a donc mis plus de 3 ans pour écrire et jouer toutes les parties musicales (chants, claviers, guitares, samples et programmation rythmique) de ce "The Taste of Wormwood (Voices from Chernobyl)". Et c'est une véritable réussite, surtout quand il explique qu'il ne se considère pas comme un grand musicien et qu'il a composé l'album à ses heures perdues, à savoir en dehors des horaires de son boulot.

Avec ce "fait à la maison" et la difficulté de faire un concept album capable de tenir la route, on pourrait donc croire que l'album soit faible, tant dans la production que dans l'interprétation. Et bien non, pas du tout. Philippe connait ses limites et il a joué parfaitement avec celles-ci: ses compositions sont d'une limpidité exemplaire, avec un son très travaillé (bien mieux que le travail de nombreux ingénieurs du son) et des enchainements (et samples) parfaitement placés. Il ne part jamais dans l'esbroufe et il évite ainsi le côté pompeux du Rock Progressif avec ces solos démonstratifs à n'en plus finir.
Avec un subtil mélange de cliché "rock prog" et de sons nettement plus modernes (world-music; ambient; électro et même électro-indus sur "The Red Forest"), Philippe LUTTUN nous régale avec cet album, avec ces spendlides breaks, ces contrastes entre parties calmes et explosives, comme la partie introductive de "The Day After", avec cette chanson folklorique de Pjotr Leschenko (Tschubtschik - 1931), suivi de près par un passage très métal (du Dream Theater!) débouchant par une pop ambiente radio-active à la Enigma! Bref, du grand Art!

Comme la parenthèse du titre de l'album l'indique, "The Taste of Wormwood" est un concept album autour de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, et plus particulièrement de l'impact émotionnel sur ses habitants. Et c'est d'ailleurs une des autres forces de l'album. Il y a une ambiance particulière, très émotionnelle qui se dégage de cet album, avec tout d'abord ces extraits radio d'annonce de la catastrophe par les autorités russes (et européennes) et tous ces petits bruitages électro-magnétiques venant poser une atmosphère lourde, oppressante, chargée du mal invisible des radiations. En ajoutant quelques samples (un saxo digne du grand Pink Floyd), des riffs de guitares bien acérées et des mélopées splendides de claviers ou de piano, Philippe LUTTUN nous emmène tout droit dans les contrées désertées du Tchernobyl actuel et des souvenirs de ses anciens habitants, des jours heureux et inconscients d'avant la catastrophe.
Avec l'ajout de la très belle voix de la chanteuse française Pris.K et des textes focalisés sur le drame humain (sans faire dans la dénonciation politique et patho-écologique), la musique de Philippe nous touche au plus profond, et réussit cette gageure de faire un concept-album cohérent, solide et captivant.
Pour conclure, je vous invite à visionner la page YouTube de l'album pour revoir les images d'archives édifiantes (d'Igor Kostin) de ces travailleurs de l'impossible venant combler le trou béant du réacteur n°4 avec aucune protection sur le dos.

La track-list

  1. Prelude to a disaster [3:41]
  2. The ghosts of Pripyat [13:38]
  3. Reaktor #4 [6:45]
  4. The day after [10:15]
  5. Red forest [7:12]
  6. On the roof of hell [15:38]
  7. The macabre pilgrimage [7:10]
  8. Heroes end [2:24]

En écoute

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Commentaires

1. Le mercredi 25 juin 2014, 20:28 par Philippe Luttun

Salut Fred !
Merci infiniment pour ta chronique de mon album :)
A+
Phil

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