SUR LA ROUTE de Walter Salles

Cela faisait plus de 20 ans que je guettais (enfin) la mise en scène de l'un des romans cultes: "Sur la route" de Jack Kerouac, l'auteur phare de la Beat Generation.
Synopsis:
Au lendemain de la mort de son père, Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la très libre et très séduisante Marylou.
Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes; sur la route.


Ma note:
Ma critique:
Plus de 60 ans après l'écriture du livre, "Sur la route" est enfin adapté à l'écran malgré de multiples scénarios et promesses d'illustres acteurs et réalisateurs, qui se sont tous confrontés à la dure réalité économique, à savoir celles des Majors, conscients de la difficile rentabilité et adaptabilité d'une telle œuvre.
Et on ne peut le nier, surtout dans notre époque si matérialiste. C'est d'ailleurs un paradoxe frappant sur ma passion pour les écrivains Beatnik. Je n'ai jamais vraiment compris comment ils pouvaient partir à l'inconnu sans savoir comment sera fait demain, et surtout, comment sera financé le lendemain. Et cette insouciance m'a toujours fasciné. J'ai lu la grande majorité des livres de Kerouac et de Burroughs (même ses infames cut-up!) durant ma jeunesse. Je ne pouvais donc rater ce film, ni d'épancher ces quelques mots.

Walter Salles réalise sans doute l'un de ses plus grands rêves de cinéphile et je l'en remercie pour son courage et sa ténacité d'avoir pu convaincre MK2 (producteur et distributeur français) pour avoir financer ce film (vive l'exception française...). Ce film n'est pourtant pas un grand film mais il a le mérite d'exister et de ne pas corrompre l'oeuvre originale. Pourtant, comme le dit le personnage d'Old Bull Lee (donc mon cher et vénéré William Burroughs) dans le film: "traduire, c'est trahir". Il y a donc forcément une forme de trahison dans cette adaptation, mais c'est une trahison par amour, que l'on pardonnera.
Son film suit assez bien le rythme décousu du livre, faits de flux ininterrompus de texte tel le ruban d'asphalte de la route 66, entrecoupés de pauses contemplatives, et d'explosions et d'accélérations captivantes.

Le film reprend également parfaitement ce sentiment de vacuité dans l'âme de Jack Kerouac, qui semble vouloir retrouver les guides de son enfance, son grand frère perdu à la guerre, et de son père, qu'il vient de perdre. Il poursuit le regard enflammé de Dean Moriarty qui irradie toutes les âmes perdues sur son passage. Le style est à la fois contemplatif et désabusé: Walter Salles filme plus le paysage qui défile, que les acteurs. Et il nous projette des paysages sans réelles âmes, mais qui occupe l'esprit de nos héros. De nos jours, nous pouvons nous abrutir devant la télévision, eux, c'était le spectacle défilant derrière la pare-brise et la promesse de trouver d'autres gens, comme eux, avides de vouloir remplir ce vide et de trouver un sens à leurs vies.
Cette soif insatiable est parfaitement incarnée par le trio d'acteur. A noter qu'avant de se lancer dans le film, Walter Salles a réuni toute son équipe d'acteurs dans un Beatnik Camp de 3 semaines, rythmés de lectures et de débats sur les oeuvres de tous les personnages mythiques que l'on retrouve dans le film: Kerouac, Cassidy, Ginsberg, LuAnne, Hinkle et évidemment Burroughs, incarné de manière exceptionnelle par Viggo Mortensen.
C'est surtout l'interprétation de Garrett Hedlund que l'on retient. Mon Dieu que Garrett Hedlund est impressionnant: son regard de chien fou vous irradie de bonheur: il vous donne de suite envie de le suivre jusqu'au bout du monde. Sans avoir les autres films en compétition à Cannes, on peut dores et déjà dire qu'il sera dans le short-list du meilleur acteur (voir pour l'Oscar l'an prochain); dommage que sa voix française soit le cliché hollywoodien du beau sombre ténébreux à la voix rocailleuse.
Mis à part ce détail sonore, c'est un plaisir de voir ces acteurs incarner le livre culte de plusieurs générations, celle qui vous rappellent que les études et les livres ne vous apprendront jamais à réaliser vos rêves. Jettes ton livre, ton smartphone et ton PC et lances-toi dans la vraie vie, si tu souhaites être de ceux exister et apprendre des autres et surtout, de soi-même.

Crédits:

  • Réalisation: Walter Salles
  • Pays: France / Brésil
  • Durée: 2H17
  • Acteurs Principaux: Garrett Hedlund, Sam Riley, Kristen Stewart, Tom Sturridge, Kirsten Dunst, Viggo Mortensen, Amy Adams, Danny Morgan, Alice Braga, Elisabeth Moss, Steve Buscemi et Terrence Howard
  • Production: Nathanaël Karmitz, Charles Gillibert, Rebecca Veldham, Roman Coppola, Francis Ford Coppola, John Williams, Jerry Leider et Tessa Ross, Arpad Busson
  • Scénario: Jose Rivera, d’après le roman de Jack Kerouac
  • La scène culte: L'escale chez Old Bull Lee "William Burroughs".

Trailer:

Quelques liens:

Affiches secondaires:
Viggo Mortensen as William Burroughs Garrett Hedlung as Neal Cassidy
 

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://www.atoma.org/atopia-v3/index.php?trackback/496

Fil des commentaires de ce billet