Arthur Koestler - Le zéro et l'infini

Arthur KOESTLER - Le zéro et l'infiniConseillé par un collègue de bureau, je me suis attaqué à ce grand classique politique littéraire du XXème siècle dénonçant les procès de Moscou de l'ére Stalinienne. A une époque où les premiers doutes se faisaient sentir au sein de la nomenklatura russe, il est intéressant de voir que 60 après, ce texte est toujours d'actualité, surtout avec les quelques chutes de nations totalitaires et la crise de conscience qu'a le capitalisme de nos jours.

Résumé:
Accusé de s'être opposé au gouvernement, Nicolas Salmanovitch Roubachof est arrêté et jeté en prison. Bien qu'il soit l'une des figures emblématique de la Révolution russe, le n°1 du parti le trouve trop consensuel et l'a fait arrêté, pour haute trahison.
A la veille de son interrogatoire pour lui soutirer des aveux, cet ancien apparatchik se remémore sa carrière pour comprendre pourquoi la révolution a si mal tourné, ou si c'est lui, qui a tourné le dos à l'idéal de la révolution.

Ma note: ma note

Ma critique:
Au travers du personnage de Roubachof, Arthur Koestler synthétise plusieurs faits réels issus des purges staliniennes des années 30 et des grands procès de Moscou où même des apparatchiks de renom se retrouvaient emprisonnés et fusillés. Dénonciation évidente du Stalinisme, ce livre n'est pas pour autant une dénonciation du communisme. Non, son héros est profondément communiste, et croit toujours en son idéal politique. Mais il ne croit plus dans la concrétisation totalitaire de cette politique.

Au lieu de jouer sur le climat de terreur et d'écrasement idéologique de l'époque, l'auteur nous expose une revue intellectuelle de ces sombres années. En effet, ce livre est une sorte d'introspection de son héros qui analyse d'un point de vue social, économique et politique ce qu'est devenue la grande révolution russe en 2 décennies.
Comme le souligne si bien le Wikipedia sur le personnage de Roubachof, "ses propres réflexions sur son passé et les interrogatoires auxquels il est soumis vont notamment l'amener à prendre conscience de la «fiction grammaticale», le «je», délaissé au profit du «nous» dans une société totalitaire où l'individu est considéré comme quantité infinitésimale par rapport à la collectivité, quantité infinie.", expliquant ainsi le titre de l'ouvrage (en Français).

A l'heure où le communisme est mort, le capitalisme en pleine crise d'identité, et que les dernières nations totalitaires s'effondrent, il est bien de se replonger dans l'Histoire et de se rappeler qu'à cette époque, le monde se battait pour des idéaux et croyaient dur comme fer aux belles paroles mensongères de ses chefs d'Etat.
De nos jours, un tel aveuglement fait presque sourire, mais c'est oublié que dans certains parties du monde, des générations de Néanderthaliens continuent de croire à des paroles divines ou politiques sans fondement.

Oeuvre pessimiste sur ce qu'est devenu le communisme, le livre explique clairement les raisons de ce radicalisme. Ainsi, comme il l'explique dans la fin du livre, pour éduquer les masses afin d'atteindre le paradis communiste terrestre, il fallait des exemples, nets et sans bavures, et surtout, sans discussion aucune. Et c'est ainsi que Staline appliqua cette politique de terreur et forma une génération de Néandertaliens, agissant tel des robots, pour le bienfait de la communauté, rendant ainsi l'individu insignifiant face à la société.
Évidemment, Arthur Kostler (qui est resté un homme de gauche toute sa vie) doute de ce prix à payer; et surtout, il nous expose au travers de son personnage, une analyse sociologique fort judicieuse. Pour lui, la société est telle une péniche montant une série d'écluses. La société est le bateau, et la masse populaire, l'eau. C'est l'au qui doit s'élever peu à peu afin de permettre à la société tout entière d'avancer au stade supérieur. Mais une fois l'écluse passée, la société a beau avoir avancée, la masse populaire, elle, a changé d'environnement, et doit repartir de l'avant, malgré l'attraction forte de revenir en arrière.
J'ai trouvé cette allégorie fort bien vue et il me semble qu'elle correspond aux mutations de nos sociétés, où la pyramide des besoins de Maslow revêt un prisme différent selon la société (et de son époque) dans laquelle on se trouve. Et en cette époque de désindustrialisation accentué par le bouleversement du numérique, on peut se demander si notre société ne vient pas, justement, de changer d'écluse.

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