L'adieu aux larmes

Mon père est parti ce matin en fumée, rejoindre des cieux plus cléments. Merci à tous ceux qui ont pu être présents, ainsi qu'autres, dont les mots et manifestations de sympathie, ont soignés nos maux.
En souvenir de François Parésy dit Pato, voici l'eulogie prononcée ce matin en l'Eglise de Noisy-le roi.

Il y a à peine 3 ans, j'étais déjà tristement ici même à faire dans cette église l'éloge funèbre de ma mère et c'est le cœur gros, rempli de peine, que je me présente à nouveau devant vous pour présenter mes adieux à mon défunt père, et pour que tous ensemble nous lui rendions un dernier vibrant hommage.
N'allez pas croire que je prenne goût à ce genre de discours, non. Car tel mon père, je me sens plus à l'aise à jouer des jeux de mots et de l'esprit de calembours, même si parfois je dois l'avouer, au dépend de gens en en disant du mal, car comme le dit l'adage, dire du bien de quelqu'un est quelque chose que l'ont dit souvent mal. C'est donc pourquoi je sollicite votre indulgence si je trébuche non pas sur un bon mais sur un mauvais mot.
François était un homme de parole et d'action, mais doté d'une très grande pudeur émotionnelle. Il distribuait facilement les choses terrestres de ce monde, mais partageait avec parcimonie ses sentiments. Il préférait se cantonner à sa position de patriarche de famille, et préférait se montrer bourru que compatissant.
Issu d'une famille de 5 enfants, il était l'unique garçon, ce qui peut expliquer ce caractère fort. Avec Marie-Rose, dit Mao, il fonda une belle famille, avec Véronique et Corinne pour les filles et Jean-Christophe et Frédéric; pour les fils. Véronique et Corinne comblèrent de bonheur leurs parents en agrandissant la tribu avec 8 petits enfants (Grégory, Mélanie, Arielle, Marjorie, Aliénor, Coline, Perrine et Nils); petits enfants qui donnèrent 2 formidables surnoms pour des grands parents : Midou et Pato.
Et sans mauvais jeu de mot, ou plutôt si, en ce jour funeste, Pato nous laisse aujourd'hui bien patauds.

François n'aimait pas être au devant de la scène. Il préférait de loin les coulisses aux coups bas. Il n'appréciait guère les hommes à fric mais par contre adorait les africains, qu'il a côtoyé une bonne partie de sa carrière. Vie professionnelle qui a commencé en cassant du sucre sur sa hiérarchie qui lui demandait de vendre de la saccharose d'une douteuse couleur jaunâtre. Par la suite, il pris l'opportunité de partir au Brésil pour vendre des suppositoires: l'histoire ne nous ne dit pas s'il a lui-même testé ses produits (ou s'il les réservé à sa hiérarchie).
De retour en France, il entra dans un nouveau monde qui sera son domaine de prédilection pour le reste de sa carrière: la prospection pétrolière en intégrant le BRP, le Bureau de Recherche de Pétrole, qui devint plus tard le groupe Elf Aquitaine. Il partit d'abord au Portugal, puis en Algérie avant de s'investir en Afrique Noire.
Sans avion renifleur, il trouva de beaux gisements au Gabon et mis en place dans les années 80 toute l'infrastructure des gisements en Angola. Ce pays est d’ailleurs devenu en l'espace de 10 ans le 2ème pays africain producteur d'or noir; le travail de François Paresy y est pour beaucoup.
De ses multiples voyages et aventures, François nous a narré de belles, longues et parfois interminables histoires, où nous apprenions avec délice qu'un Whisky "Siyouplé Madame" est bien meilleur qu'un Whisky sec; et ce n'est pas le père Maturin qui me contre-dira.

Homme de pouvoir et d'action, parfois bourru et maladroit avec ses sentiments, François était très doué de ses mains. Aucun chantier, travaux, outil ou matériau ne lui résistait. Il aurait pu créer une ligne d'outillage, avec comme slogan publicitaire: "Chez Pato il y a tout ce qu'il faut!". Son atelier à la Muche regorgeait de milles trésors et d'outils de torture pour les non-bricoleurs. Parfois même, il en oubliait l'utilité ou la bonne façon de les faire fonctionner.
Outres ses multiples ouvrages entamés et souvent inachevés, il savait être également un habile orfèvre, comme le témoigne ce magnifique penseur africain, dont le musée du Louvre a repris la copie réalisée par François, suite au vol de l'original.

François était un homme complet qui plait et que nous pleurons. Il a vécu une belle et longue vie.
Mais le temps est comme un sablier brisé en sa base qui se déverse dans un océan de sable dans lequel viennent s'échouer nos souvenirs dorés.
Nous seuls pouvons distinguer et conserver la trace de ces poussières d'or.

Je vous remercie de vous souvenir de la grandeur d'un homme dévoué à sa famille et qui a mené sa vie en patriarche indépendant.
J'espère, cher père, que nous aurons tous une vie aussi riche et complète que la tienne.

Au revoir Pato, occupe-toi bien de Midou...

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