Un prophète de Jacques Audiard

Voici certainement le film français de l'année, qui nous plonge dans l'enfer de l'univers carcéral...
Synopsis: Condamné à six ans de prison, Malik El Djebena ne sait ni lire, ni écrire. A son arrivée en Centrale, seul au monde, il paraît plus jeune, plus fragile que les autres détenus. Il a 19 ans.
D'emblée, il tombe sous la coupe d'un groupe de prisonniers corses qui fait régner sa loi dans la prison. Le jeune homme apprend vite. Au fil des " missions ", il s'endurcit et gagne la confiance des Corses.
Mais, très vite, Malik utilise toute son intelligence pour développer discrètement son propre réseau...

Ma note:

Ma critique:
Dure réalité que la prison. Jacques Audiard n'a pas fait dans la dentelle, ni dans le facile. Il a tenté d'apporter une vue objective sur la prison. Ce n'est pas un monde d'anges, ni un enfer au quotidien. Mais c'est un monde résolument sordide où la moindre faiblesse est exploitée par les meutes de truands et de petites frappes. Jacques Audiard évite les gros clichés hollywoodiens sur la prison et le mal-être des incarcérés qu'il nous jette à la figure nous semble plus que réel.

Bizarrement, ce hui clos carcéalra raconte l'ascenscion sociale du jeune Malik dans cette société. Il arrive seul, démuni, il ne sait ni lire ni écrire, il est sans connaissance, ni à l'extérieur et encore moins à l'intérieur. Et pourtant, il va s'en sortir, en étant malmené par un parrain corse intraitable, qui voit en lui la victime idéale: un esclave.

On ne voit vraiement pas le temps passé (2H30) car la mise en scène est menée de main de maître. Atmosphère étouffante avec l'univers gris et sale de la prison, des murs et barreaux omniprésents, il y a pourtant une liberté qui se dégage de ces êtres. Ils gardent un pouvoir et une aura sur l'extérieur. C'est assez surprenant et les rares et éphémères sorties du jeune Malik procurent de véritables montée d'adrénalines. Jacques Audiard donne ce sentiment étrange que l'intérieur de la prison est plus sécurisant, moins dangereux. Ou du moins, plus simple à comprendre. Jacques Audiard révèle dans ses interviews que pour lui, son univers carcéral est une métaphore de la vie en société où il faut apprendre à louvoyer, à composer avec les forces contraires, à choisir le moindre mal, ou la solution la moins pire, tant qu'une vraie solution n'est pas acquise.
Le film est d'ailleurs une belle incarnation de la dialectique du maître et de l'esclave, qui va au-delà de la relation père/fils ou amître/apprenti. Ce n'est qu'à la fin que l'on comprend mieux le petit jeu auquel s'est plié Malik durant toutes ces années de labeur pour son maître.

Ce film est aussi épostouflant par la prestation de ses principaux acteurs. Niels Arestrup est tout simplement ENORME! Il va encore raffler un césar mais espérons que cette fois cela soit comme meilleur acteur. Sa prestation est un exemple du genre sur le pouvoir par la parole, le silence et surtout le regard. Il nous sort des répliques que tout acteur aimerait jouer (le "mais c'est quoi ces bonnes nouvelles là!"), il incarne désormais le grand méchant du cinéma français. Face à lui, le jeune Tahar Rahim est tout autant impressionnant dans l'humilité. Avec sa gueule cassée, il nous surprend pas à pas et nous sommes heureux du dénouement. Et même s'il est loin d'être un ange, il est toujours réconfortant de voir que c'est un méchant s'en prend à de plus méchant que lui; et c'est là aussi une récurrence du cinéma d'Audiard: rendre beau et humain des êtres qui, à première vue, n'en mérite pas la peine.

Info sur le film:
  • Réalisation: Jacques AUDIARD
  • Scénario: Jacques Audiard, Abdel Raouf Dafri, Nicolas Peufaillit et Thomas Bidegain
  • Principaux acteurs: Tahar RAHIM et Niels ARESTRUP
  • L'affiche du film

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