The pyramid de Henning Mankell

In the dark

Voici le retour de l'inspecteur Wallander dans une série de 5 nouvelles regroupées, dont la plupart inédites. Ces nouvelles sont une sorte de pré-quelle à la saga (existante) de Kurt Wallander, racontant ainsi ses débuts.

Résumé: Juin 1969, année érotique, sauf pour Kurt Wallander. A peine il est promu comme jeune inspecteur que son vieux voisin meurt dans d'étranges circonstances; pris par la proximité de ce meurtre, il en oublie sa belle (et future femme) Mona. Quelques années plus tard, l'inspecteur Wallander a pris du gallon et demande sa mutation vers Ystad, pour d'une part fuir ce sentiment de violence qui jailli de plus en plus dans Malmö, comme cette furtive prise d'otage dont il est la victime. D'autre part, il souhaite passer plus de temps avec sa femme Mona, qui lui reproche de passer trop de temps sur ses enquêtes. Enfin, Ystad est également une opportunité pour s'occuper de son père qui a déménagé pas loin de là.
Malgré le calme apparent d'Ystad, les meurtres dénotent dans cette bourgade calme; entre la mort d'un entrepreneur empoisonné dans un taxi et l'assassinat du photographe local. Son travail est tout autant captivant et Mona souhaite le divorce.
20 ans après sa première enquête, l'inspecteur Kurt Wallander enquête sur l'étrange accident d'un petit avion faisant de la contrebande, et dont les répercussions semblent dévoiler des choses surprenantes sur l'économie souterraine locale. Dans le même temps, les relations avec son père s'enveniment un peu plus, et la santé de son collègue et ami Rydberg se détériore à grand pas...

Ma note:
Remarque: lu en anglais

Ma critique:
La Pyramide est un recueil de cinq nouvelles qui se déroulent avant le premier roman de Mankell avec son inspecteur fétiche (à savoir "Faceless killers" / "Meurtriers sans visage") . C'est un peu une sorte de pré-quel, parcourant à travers 5 enquêtes, l'évolution de notre cher inspecteur. Les nouvelles sont en effet dans l'ordre chronologique et sont espacés d'environ 4 ou 5 ans, ce qui permet de voir l'évolution de sa vie personnelle et professionnelle de manière régulière; avec le jeune flic idéaliste des débuts à l'inspecteur tenace et taciturne, désabusé par le monde qui l'entoure.
Les titres et l'époque des enquêtes sont les suivantes:
• Wallander's First Case (1969)
• The Man with the Mask (1974)
• The Man at the Beach (1980)
• The Death of the Photographer (1984)
• The Pyramid (1989)

La première et dernière enquête sont les plus longues (elles occupent à elle deux plus des deux-tiers du livre) et donc de ce fait, elles sont les plus intéressantes. Elles sont marquées par l'empreinte des obsessions de Kurt Walllander. L'atmosphère qui se dégage de ces nouvelles est 2 ordres: l'immuabilité du personnage de Kurt Wallander, qui dès ses premiers pas dans la police, était déjà vieux dans sa tête. Le plus drôle est que c'est un véritable petit "caliméro" qui n'a franchement pas de chance. Il lui arrive toujours quelque chose l'empêchant d'être à l'heure pour ses rendez-vous galants. Cela en ait d'ailleurs assez drôle; même si parfois, il le mérite, comme ses escapades solitaires où il poursuit de manière intrépide le fil de son enquête, sans voir qu'il se met en situation plus que dangereuse.

Chose étrange, c'est que j'ai préféré les 2 nouvelles les plus courtes, qui sont très rapide tant dans la forme que de l'action. L'attaque et prise d'otage du "Man with the Mask" est palpitante. On lit d'une traite cette nouvelle et on lit la suivante aussi vite, même si celle-ci reprend les thèmes récurrents d'une nature à la fois froide, calme et sauvage, immuable et indomptable.

L'autre point commun de ces nouvelles, et qui est également repris dans les romans de Mankell, c'est justement cette dégradation du "Welfare-state" de la Suède; et dont Wallander a une nostalgie prononcée. La modernité échappe à son contrôle et elle est porteur à ses yeux des pires troubles. Il est à la fois le témoin, la victime et le révélateur que la société suédoise a perdu beaucoup de son sens. On en ressent même une légère pointe de xénophobie dans la société suédoise, persuadée que le mal est venu gangréné les honnêtes gens. C'est un sentiment paradoxal, car en effet on ne peut pas dire que l'inspecteur Wallander soit raciste; au contraire d'ailleurs, il est très respectueux des gens, quels que soient leurs origines ou leurs couleurs de peau.

Henning Mankell va donc plus loin que le simple recueil de nouvelles d'enquêtes policières. Il nous dépeint, au travers de son héros clé, l'évolution de la société suédoise. Pour conclure, j'ai beaucoup apprécié ces nouvelles, car Henning Mankell a eu l'intelligence de ne pas trop en faire. Il nous dévoile la genèse du personnage qu'il l'a rendu célèbre, avec toute la justesse et l'humilité de ses débuts. C'est le signe d'un grand écrivain.

Quelques liens:

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://www.atoma.org/atopia-v3/index.php?trackback/374

Fil des commentaires de ce billet