Trahison de Jeffrey Nachmanoff

Alors qu'il y a 5 ans de cela, il était difficile pour Hollywood de rester ouvert d'esprit sur les débordements douteux de la politique anti-terroriste de l'administration Bush, c'est maintenant une chose commune et "Trahison" y fait sa place en jouant à fond sur les ambiguités...
Synopsis: L'agent du FBI Roy Clayton enquête sur un complot international. Tout semble accuser l'ancien officier des opérations spéciales US Samir Horn, personnage mystérieux aux relations inquiétantes. Horn a le don étrange de surgir juste avant qu'une opération n'échoue, et de prendre le large avant qu'on ait pu l'interroger.
La section inter-agences chargée de l'appréhender rencontre le vétéran Carter, un freelance de la vieille école qui loue ses services à la CIA et semble en savoir long, et l'agent du FBI Max Archer. L'équipe croit découvrir la preuve des activités illicites de Horn au Yémen, à Nice et à Londres, mais de nouvelles et surprenantes révélations amènent Clayton à s'interroger sur les motivations de Horn. Est-il un traitre, ou la vérité ne serait-elle pas plus compliquée?
Déterminé à résoudre cette énigme, Clayton talonne Horn de ville en ville, de pays en pays, l'obligeant à s'enfoncer chaque jour davantage dans un monde ténébreux de secrets et de mensonges...
Ma note:
Ma critique:
A défaut d'être palpitant et plein d'actions, ce film d'espionnage s'apparente plus à des films comme "Traffic de Soderbergh, "Syriana" de Stephen Gaghan et "Détention secrète" de Gavin Hood; car ici l'action n'est pas le propos. Non, la volonté du réalisateur est de s'attacher aux sentiments (et ressentiments) des protagonistes, face à l'action et à leurs exactions. Ce prisme de vue est donc très intéressant, même si, au vu des films mentionnés, "Trahison" arrive un peu tard et s'inscrit pleinement dans cette lignée de message politique, quasi documentaire, rappelant que la lutte contre le mal ne se dessine pas d'un seul trait, ni dans un seul sens.
Le film s'articule principalement autour de l'acteur principal et producteur de ce film: Don Cheadle. Évidemment, on se doute bien que son rôle n'est pas celui d'un terroriste pur et dur, sans cœur. Et le scénario ne joue pas à ce jeu dangereux et nous confirme assez vite son rôle d'agent infiltré. Il joue donc le rôle d'un mercenaire ancien marine, musulman très pratiquant, qui se retrouve sous le feu croisé de ses convictions: celles du bien fait de sa mission contre sa foi intime, exacerbée par les musulmans fanatiques qu'il essaye d'infiltrer. Il reste donc une ambigüité sur ses motivations et elle est très bien mise en avant, jusqu'au bout. La grande force de ce film est justement de montrer les agents secrets et les terroristes, sous leurs visages humains, avec leurs convictions et leurs faiblesses. Les fous de Dieu ne sont pas sanguinaires et sans pensées, mais bel et bien des intellectuels de la violence, qui débattent de l'idéologie et des principes du terrorisme.
Trahison joue donc à contre courant, avec un scénario lucide et réaliste; et avec de très bon acteurs: le très rare et excellent Guy Pearce, assisté d'un Neal McDonough jouant au ricain vengeur, manquant de finesse et de compréhension des causes des maux qui l'entourent. De l'autre côté, nous avons donc Don Cheadle, qui irradie le film de sa présence, jouant à fond sur la toute puissance de sa foi en Dieu et en l'homme. Saïd Taghmaoui est également plein de justesse et sombre comme il faut, sans oublier Alyy Khan en homme d'affaires de l'axe du mal.
Pour conclure, le twist final est amusant et très bien vu, même si dans d'un point de vue logistique, il parait étrange. Enfin bon, je n'en dis pas plus, je vous invite à aller voir ce film, qui pour une fois sur un tel sujet, fait réfléchir.

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