Choke de Clark Gregg

Après avoir lu le livre de Chuck Palahniuk quelques mois plus tôt, ce fût avec grand plaisir que j'ai découvert la mise en image de ce livre délirant.
Synopsis: Victor Mancini est au bout du rouleau. Il vit d'expédiant pour payer la clinique privée où sa mère est hospitalisée. Le jour, il est figurant dans un parc d'attractions historiques, à "Dunsboro La coloniale", où le moindre anachronisme est puni par la mise au pilori avec suspension de salaire. Le soir, il escroque les gens en les faisant passer pour des héros lors de ses faux "étouffements" en plein restaurants huppés. La nuit, il essaye de se guérir: il est sexoolique. C'est un drogué du sexe, et il suit, avec son meilleur ami, tout aussi obsédé, une thérapie de groupe.
Mais tout se bouscule quand l'état de sa mère se dégrade. Folle à lier, elle refuse de reconnaître en lui le fils dont elle a ravagé l'enfance, mais elle lui laisse entendre qu'elle est prête à lui révéler l'identité du père qu'il n'a jamais connu.
Via le ravissant médecin de sa mère, il comprend qu'il a peut-être des origines célestes, expliquant ainsi ses déviances mal contrôlées. Ne serait-il pas une sorte de Messie venu sur Terre pour sauver l'humanité? Ma note:

Ma critique:
Alors que le film avait tout pour être une comédie noire à se pisser dessus, Clark Gregg, trop amoureux du livre, ne transcende pas l'oeuvre de Chuck Palaniukh; et ce tant d'un point de la mise en scène, que dans la fidélité du livre.
D'un côté, nous avons donc un livre délirant, certainement le plus drôle que j'ai lu depuis ces 10 dernières années, qui nous raconte la folle histoire de Victor Mancini, de sa mère déjantée qui lui a fait croire les pires histoires durant son enfance, et qui continue de le faire dans son d'hôpital, et enfin, de son pote, tout aussi obsédé, véritable branleur boulimique, qui porte des gros cailloux pour s'occuper les mains.
De l'autre côté de la caméra, Clark Gregg nous jette à la figure bien tous les éléments du livre: les obsessions de chacun, le passé de Victor enfant et de sa folle mère, "Dunsboro la coloniale", le besoin de reconnaissance et la nouvelle obsession de Denny. Mais à vouloir condenser ces anecdotes il passe à côtés des blagues visuelles du livre: il fait trop de sous-entendus par rapport au contenu du livre et donc bon nombres de blagues passent inaperçus pour le spectateur moyen. Par exemple, La nouvelle obsession de Denny, celle de tenir des grosses pierres das les mains (pour éviter de se branler à tout heure), est dans le livre un summum du burlesque et du drôle. Je m'étais pisser dessus en lisant cette scène où Denny remplie peu à peu de pierres la maison de son copain, posant pierre après pierre, de la cave au grenier, tel les grains d'un sablier venant occuper tout l'espace d'en dessous. Je m'étais imaginé cette scène comme la plus marquate visuellement, pouvant rendre ce film culte. Mais non, Clark Gregg a mis sous silence cette manie.
Il faut dire qu'un tel livre aurait mérité une mise en scène audacieuse et fort inventive et il n'en est rien. La mise en scène du réalisateur est pataude, convenue, je dirais même à la française où il met toute l'emphase de la caméra sur le jeu des acteurs, au détriment du scénario. Et avec un tel scénario, j'avoue que c'est du gâchis, c'est réducteur mais c'est le seul adjectif qui me vienne à l'esprit, voire anarchique, voire déroutant, voire raté.
Et puis Clark Gregg a évité de faire trop dans le salace dans cette Amérique puritaine et la satire qu'est le livre sur le besoin contemporain de reconnaissance, d'héroïsme et de célébrité facile, est juste dénoncé à demi-mot. Même si le filme ne manque pas d'humour, il y manque l'humour viral du livre: les "cocos" à tout bout de champ où autre expression à 2 sous des protagonistes, seules les branlettes de Denny et les vieilles folles de l'hospice m'ont fait sourire, et encore, je m'attendais à plus, à nettement plus.
Je dois avouer tout de même que j'a été assez bluffé par l'interprétation de Sam Rockwell, fort juste, et plus humaine qu'il ne peut y paraître dans le livre. Alors qu'on pouvait penser qu'il allait exploser dans les scène délirantes, c'est dans l'émotion où il se révèle le plus crédible.
Malheureusement, ce n'est pas là où on l'attendait, ni d'ailleurs de ce que j'attendais de cette adaptation. C'est dommage.

Quelques liens:

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://www.atoma.org/atopia-v3/index.php?trackback/333

Fil des commentaires de ce billet