La grêve républicaine: frapper avant de négocier

J'avais pris à la légère la première grêve d'octobre dernier de nos privilégiés de la retraite, mais vu leurs manques d'arguments et refus de négocier d'abord, je me permets de ressortir un petit texte assassin sur la pénibilité de leur travail.
Et puis rappelez-vous, lors de votre prochain contrôle de billet, offrez leur 5 minutes de grève à vos frais afin qu'ils se reposent de leur dur labeur, et qu'ils comprennent ce que c'est "être pris en otage".

Liberté, Égalité, Fraternité et droit de grêve à la SNCF: cherchez l'erreur!

LA LIBERTÉ

Monique est employée dans une PME au centre de Paris.
Comme la majorité de ses collègues, elle habite en grande banlieue, seule solution pour elle de disposer d'un habitat décent. Les loyers parisiens lui sont bien évidemment inaccessibles. Chaque jour, elle utilise les transports en commun pour se rendre a son travail. Ce trajet lui coûte 1 heure et quart de son temps le matin et autant le soir pour rejoindre sa maison où elle s'occupera ensuite de sa famille.
C'est en femme libre que Monique a choisi de travailler.

La liberté a un prix, que Monique paye lourdement ces jours-ci car, au motif d'une autre liberté appelée le droit de grève, quelques salariés de la SNCF ont choisi de bloquer les transports publics. Les 2 heures trente de transport quotidien se transforment alors en un véritable gymkhana pour rejoindre son travail dans les meilleurs délais car Monique ne peut se permettre d'être absente.

Monique, d'origine modeste, se sent culturellement un peu solidaire des salariés qui militent pour améliorer leurs conditions de travail. Elle sait que les siennes sont difficiles et conçoit que celles des autres le soient aussi. Ce dernier argument relativise un peu sa galère devenue quotidienne après 6 jours consécutifs de grève. Liberté de travailler pour Monique et Liberté de grève pour les autres.

L'ÉGALITÉ

Ce que Monique ignore, ce sont les motifs précis du mécontentement de ses alter ego du service public. Elle ignore que les grévistes de la SNCF refusent que leur plan retraite soit plus équitable avec le reste des français, et que leur entreprise nationale ait des objectifs de satisfaction clients. L'entreprise dans laquelle travaille Monique a toujours été au service de ses clients sinon voilà longtemps qu'elle aurait mis la clé sous la porte.

Elle ignore que les grévistes de la SNCF militent pour maintenir des avantages d'un autre monde et une retraite à 50 ou 55 ans, calculée sur les toutes dernières années d'activité, alors que Monique ne partira probablement pas en retraite avant 65 ans et n'a aucune idée de quelle manière sera payée son hypothétique pension pourtant bien méritée.
Elle ignore aussi que cette retraite a 50 ans ou 55 ans ne peut être financée par la seule caisse de retraite des bénéficiaires de la SNCF.

Par solidarité, la caisse de retraite du privé, à laquelle Monique cotise chaque mois, a l'obligation de combler une partie du trou de la caisse de retraite public incapable d'honorer seule ses engagements sociaux. Comme cela ne suffit pas, le solde est financé par l'impôt sur le revenu dont Monique malgré ses revenus modestes vient de s'acquitter comme une minorité de français.

Elle ignore encore que le salaire net qu'elle touchera en fin de mois, pour 35 heures de travail (et heures supplémentaires rarement comptés) efficace par semaine est sensiblement inférieur au salaire moyen du salarié dudit service public pour des heures de travail effectives que personne ni même la direction ne sait calculer exactement.
Elle ignore enfin que la direction de la SNCF accordera, comme d'accoutumée, à ces revendications une fin favorable en augmentant les salaires conformément a la demande des grévistes et en payant, fort probablement, les jours de grève.

Monique, par contre, se verra déduire en fin de mois les heures de retard qu'elle aura accumulé pendant cette semaine de progrès social. Ignorer tout cela permet sans doute de mieux accepter cette conception de l'Égalité?

LA FRATERNITÉ

Monique est fraternelle puisqu'elle paye chaque jour de ses propres deniers le statut de ce service public. Cette semaine, elle paye un petit extra qui se traduira sur sa feuille de paye, par son manque de sommeil, par le stress d'arriver en retard au travail, puis d'arriver en retard a la maison.

Demain, toujours fraternelle, elle continuera a payer l'addition lorsqu'elle continuera a travailler pour payer la généreuse retraite des salariés de la SNCF de sa génération, mais partis 15 ans plus tôt.


Liberté, Égalité, Fraternité ... nous voilà rassurés, le droit de grève respecte bien les bons principes de notre république. Il est donc bien constitutionnel.

Au fait, Monique ne travaille-t-elle pas avec vous?
Si elle travaille avec vous surtout ne lui dites rien de tout cela....



Pour conclure, je vous invite également à:
  • Transmettre ce texte au maximum de personnes que vous connaissez. En espérant que lors de la prochaine annonce de grève, que l'on entende plus un "usager" à la radio (ou à la télé) dire : "Ils ont sûrement raison de faire grève mais, méé... " ou béé, car pour ma part le mouton fait béé plutot que méé et il y a autant de moutons en France qu'en Nouvelle Zéland (65 millions) sauf qu'on ne profite pas de la laine, ni des gigots: juste du méthane et des emmerdes.
  • La prochaine fois que vous êtes contrôlé(e): de faire perdre du temps au contrôleur. C'est-à-dire de lui dire (poliment, SVP) que suite au retard que vous avez subi lors des grêves, vous l'invitez à patienter 5 minutes pour qu'il valide vottre billet. Il est bien de préciser que vous êtes en règle et que c'est juste par solidarité avec son droit de grêve que vous prenez ces 5 minutes sur son temps. Je peux vous garantir que si les 2 ou 3 personnes suivantes font la même chose, il n'y aura aucun contrôle qui sera fait dans le wagon où vous êtes (je l'ai déjà fait à 2 reprises, à l'époque où je prenais les trains de banlieues SNCF pour me rendre à mon travail...)

PS: L'auteur de cette bafouille est censé être Xavier de Mazenod, ayant quelques tendances de droite bien extrême. Je me suis permis de le modifier un peu pour qu'il soit moins racoleur et plus en accord avec mes convictions, merci.