Maurice Dantec: Artefact - Machines à écrire 1.0

Sacré Dantec!!! J'ai bien été surpris début septembre de voir le nouveau roman de Maurice Dantec, alors que je venais à peine de sortir de son 3eme tome de son journal des opérations (American Black Box). Mais en fait, ce n'est pas un roman, mais un recueil de 3 de ces nouvelles.
Résumé: Trois fictions sur la projection de l'écrivain dans l'univers de ses écrits.
En premier, "Vers le Nord du ciel": lorsque la tour Nord du World Trade Center s'embrase sous l'impact de l'avion qui la transperce le 11 septembre 2001 à 8 heures 46, un humanoïde sauve une petite fille de l'incendie et tente de quitter la tour avec elle, avant son effondrement. Cet homme, est en fait un Observateur qui explore l'humanité incognito pour le compte d'une corporation galactique extraterrestre...
En deuxième, "Artefact": un homme se réveille dans une ville inconnue, et sa seule emprise sur le monde qui l'entoure semble être cette valise contenant une ramette de papier et une machine à écrire.
Enfin, en troisième, "Le Monde de ce Prince": Un serial-killer a pactisé avec le diable et livre peu à peu sur le net tous ces crimes et abominations.

Ma critique: Avec un recueil de nouvelles, difficile de donner son avis général. D'autant plus que les 3 nouvelles, qui tournent autour du thème de l'écrivain qui se projette dans son univers parallèle, à la découverte de ses phantasmes.

La première nouvelle est sans contexte la meilleure, la plus aboutie, qui correspond le plus au style de Dantec que ses lecteurs aiment (et moi le premier). C'est donc l'histoire d'un extra-terrestre, observateur sur la terre depuis mille an, et qui, pour sa dernière mission, doit sauver une petite fille des flammes du World-Trade Center. L'histoire du sauvetage est menée à tambour battant, ainsi que la mise en oubli de la petite fille, avec à leurs trousses, ces étranges personnages vêtus de noir. Après, comme après la tempête, le calme revient et Dantec nous expose sa vision du monde, ses obsessions politico-sociales et ce sentiment de catastrophe générale vers laquelle nous courrons tous. Cette nouvelle est un peu un condensé de tous ses précédents écrits, de "la sirène rouge" à "Cosmos Inc.", à la seule différence est qu'il conclue sa nouvelle par une pirouette à la Philip K. Dick. Un chef d'œuvre!!!

La deuxième nouvelle est plus un exercice de style, un essai expérimental, une mise en fiction de l'idée même de fiction, une mise en écriture du fait même d'écrire. Les premières pages sont intéressantes, où l'on découvre que l'homme sans mémoire, qui voit sa journée écrite sur le papier imprimé durant son sommeil. Mais une fois que l'on comprend le concept du concept de Dantec, on s'ennuie, d'autant plus que Dantec complexifie son style, et ses références philosophique, théologiques et métaphysiques... Bref, cela n'arrange rien et Heureusement que cette nouvelle est la plus courte.

Enfin, dans sa troisième nouvelle, Dantec part dans un délire un peu malsain, en se faisant passer pour un psychopathe serial-killer, ayant pactisé avec le Diable, pour se débarrasser de tous ses détracteurs et autres personnes publiques dont il juge les actes comme criminels, ou contre-productifs pour notre société. Les premières pages sont amusantes, car il s'enfonce dans la provocation la plus totale: il se fait plaisir à massacrer ses ennemis littéraires et médiatiques. Mais du même coup, on est mal à l'aise devant cette franchise, ses souhaits de voir untel ou unetelle se faire bruler vif, ou enterrer vivant. Car quelque part, c'est son alter-égo qui fait un appel au meurtre et au lynchage. C'est encore une œuvre que Philip K. Dick n'aurait pas renier, d'autant plus qu'on retrouve la violence de ses "racines du mal" et cette fameuse description mécanique, enlevant toute part d'humanité dans ses crimes. L'ennui, c'est qu'à force d'imaginer des crimes plus horrible les uns que les autres, il nous conduit tout droit en enfer, en compagnie du Diable lui-même, pour réduire en cendres et en sang la planète Terre. En finalité, les deux-tiers de cette nouvelle se retrouvent être un ramassis de haine sur le genre humain, et la conclusion morale de l'histoire, où l'homme est à la fois un ange et un démon arrive trop tard. C'est une nouvelle fois exprimée d'une façon très analytique et complexe, nécessitant une part de trop grande réflexion de ses lecteurs (pour moi, en tous les cas)...

Pour conclure, ce recueil de nouvelles, est une nouvelle fois de plus une arme (une menace?) que Dantec développe pour provoquer et pousser à la faute ses détracteurs. Il nous prouve une fois de plus qu'il est très intelligent, avec des idées protéiformes qui l'empêchent de lui coller une seule étiquette. Ce qui est dommage, c'est que tout cela est trop sérieux, et que sa première nouvelle, qui est l'un de ses meilleures, est ternie par les 2 autres nouvelles, et par sa lutte paradoxale d'être reconnu comme un vrai écrivain par les gens qu'il méprise...