Maurice Dantec - American Black box

Ca y est! Je suis enfin arrivé à bout des 700 pages de cet "American Black box" de Maurice Dantec, son journal de bord allant de 2002 à 2006. Ce fut long et parfois douloureux... mais ça y est... Mon sac de voyage pour cet été sera finalement plus léger que prévu.
Résumé: Troisième journal de bord de son "Théâtre des opérations" en exil volontaire dans le Québec (libre), Maurice Dantec continue de nous dévoiler sa vision du monde: une Europe en total déclin gangréné par l'Islamisme, une vision très pro-américaine et surtout sa vie intellectuelle assez mouvementée, entre a découverte de sa foi chrétienne, et sa lutte "suicidaire" contre la kabbale mise en place par l'Intelligenstia française contre sa personne.


Ma critique: Dantec l'incompris.
Ah sacré personnage ce Maurice Dantec. Ce troisième tome est à la fois intéressant et déconcertant. Intéressant car Dantec est un vrai futurologue, il a une vision du futur très précise, autant sur les points de vues techniques, scientifiques, sociales, morales, religieux et climatiques. Il nous ouvre les yeux sur ce que peut devenir le monde, et ses visions ont parfois de quoi de nous faire peur, mais en tous les cas, nous donne conscience que les grands mouvements de pensées sont des armes bien plus dangereuses qu'on ne le pense.
Comme je disais donc, Dantec est aussi déconcertant et irritable au plus haut point si vous avez des idées de gauches.
D'une part, il a découvert la Foi ces dernières années, une foi chrétienne très forte, radicale et pure: celle des premiers chrétiens lors de la chute de l'Empire romain, où les dogmes et le plein pouvoir de l'Eglise n'avaient pas encore ses effets pervers. L'ennui, c'est que cette foi traditionaliste à laquelle nous convie Dantec nous met mal à l'aise car les autres auteurs ayant traité longuement de ces premiers chrétiens, ont été des écrivains fachistes, pétainiste, etc. Les références littéraires de Dantec l'ont donc catapulté dans cet univers d'écrivain maudits, et au lieu de chercher à se défendre sur sa foi, Dantec a souvent eu une réponse suicidaire, en reprochant à ses détracteurs leur vision de gauchistes bien pensantes et nauséabondes, ne cherchant pas à voir au-delà de ces simples références...
D'autre part, sa vision d'une Europe dépassée, où le lobby des Islamistes est beaucoup plus fort qu'on ne le pense, son pro-américanisme, limite ridicule parfois, et sa critique théologique acerbe de l'Islam ne l'ont pas aidé dans la défense de ses propos.
Car c'est sûr, ces 3 faits mis ensembles, ainsi que son anti-communisme primaire démontrent (trop facilement) le côté réactionnaire de Dantec, son côté facho.
Pour couronner le tout, il faut lire (enfin, le faut-il vraiment?) la partie centrale du livre, où il exprime clairement son aversion ultime contre l'Islamisme. Pour lui, l'Islamisme est une religion basée sur la violence, qui ne peut-être modéré car la religion musulmane est politique, que la distinction entre le pouvoir et la foi n'existe pas; et que nous sommes tous voués à être converti de force, ou bien à devenir des dhimmis, des sous-hommes au service des islamistes. Cet amalgame entre musulman modéré et islamiste pur et dur met mal à l'aise, et on comprend mieux pourquoi il a eu du mal à faire éditer ce journal de bord. Ses propos sont une véritable déclaration de guerre de religion, guerre qui selon lui a commencé le 11 septembre 2001!
Pourtant, je ne crois pas qu'il soit facho, l'espace entre le bien et le mal ne tient pas sur une ligne droite, encore moins sur une carte à 2 dimensions. C'est bien plus complexe que cela.
Il a certes quelques idées qui dérangent, mais qui n'en a pas? On a bien eu un premier ministre "trotkyste" et bon nombres de ministres du même genre, qui sont des mouvements tout aussi dangereux que les mouvement d'extrême droite. Mais non, pour la communauté intellectuelle française, c'est le crime de lèse-majesté et l'appel à un boycott peu et simple de Dantec. Quelle belle démocratie dans laquelle nous vivons. Ces gens dit libertaires se montrant liberticides quand les idées véhiculées ne sont pas les leurs. Cela me rappelle le débat que j'ai eu sur le forum de musique des "papillons noirs", où tous crachaient sur Dantec sans avoir lu ses écrits de son théâtre des opérations.
Faut-il vraiment exclure du débat tous ceux qui ont des propos extrêmes? Non, je ne le crois pas. Il faut nuancer le contenu de ces propos et prévenir que ces idées sont limites. Mais bon, l'ennui, c'est que Dantec a toujours préféré aggravé son cas, en adoptant une démarche suicidaire et provocante, comme il l'admet dans vers les pages 205.

Sinon, pour revenir au livre, je reproche à Dantec de faire trop l'intello. Quand il parle de sa foi et de toutes ses références littéraires sur le sujet,je me fous un peu, car pour moi, notre croyance en un Dieu suprême et unique, a fait plus de mal sur notre terre que du bien, surtout quand les hommes croient plus en la Lettre, qu'au Symbole divin
Quand il parle politique, là, c'est plus intéressant, mais il gâche presque tous ses propos par des divergences sémantiques, linguistiques ou autres sophismes qui me dépassent. C'est vraiment dommage car la plupart des sujets qu'il aborde sont passionnants. Et puis on voit aussi le décalage entre nous autres européens, qui avons été anti-guerre en Irak et les américains du nord, suivant aveuglement Bush. Cela en frise même le ridicule de voir Dantec si pro-Bush.
Et ce qui est bien avec son journal de bord, c'est qu'il permet de situer les propos de l'auteur au moment où il crache son venin. En 2002, il est certes à fond pro-Bush pour aller zigouiller Saddam, pour d'une part pour être en opposition contre les bob-bos franchouillard, et d'autre part que c'est un devoir de tout homme de cette terre d'éradiquer les tyrans. Mais quelques dizaines de pages plus loin, lorsque les GI débarquent à Bagdad, il voit bien que cela va s'enliser en un Viet-nam bis et que le gouvernement ricain n'a rien préparé sur l'après Saddam... Et que finalement, perdre un GI par jour n'est finalement pas une si mauvaise moyenne
Dernier conseils sur la lecture de ce livre: lisez les 20 premières pages et passez à la page 180 et zappez les pages 350 à 460. Et terminez pas la période 2004/2006.

Liens: